RÉFLEXIONS pour Rm 7:14
Dans ses lettres, Paul écrit beaucoup et souvent sur la Loi, sur la Torah. Il mentionne particulièrement souvent la Torah dans l'Épître aux Romains. On peut dire que cette lettre est entièrement consacrée au thème de la Torah. Et l'une des définitions qu'il en donne la qualifie de «spirituelle». En quel sens Paul appelle-t-il la Torah «spirituelle»? Il s'agit sans aucun doute du souffle de Dieu, et le mot grec correspondant (tout comme son équivalent hébreu) signifie précisément cela: souffle, respiration, haleine. C'est ce même souffle de Dieu que ressentaient les prophètes; mais dans ses lettres l'apôtre désigne aussi par ce même mot le souffle de vie que Dieu donne à chaque personne entrant dans le monde. C'est à ce souffle, à cette présence de Dieu, que se rapporte la Torah. Manifestement, Paul entend ici la Torah non seulement comme législation, mais aussi comme Torah intérieure, comme cet axe spirituel qui soutient et détermine toute la vie spirituelle de l'homme. C'est justement la Torah intérieure qui rend l'homme capable de résister au péché.
Elle devient pour l'homme une sorte d'impératif intérieur, spirituel et moral, vécu non pas simplement comme un code juridique ou moral, mais comme la volonté de Dieu adressée directement à l'homme, comme les intentions de Dieu demeurant dans son coeur. Bien sûr, l'homme est libre de les ignorer et d'oublier le chemin de la justice; mais si ce chemin compte pour lui, la Torah intérieure devient le but et le sens de sa vie. Pour Paul, le chemin de la justice était déjà le but et le sens de sa vie alors qu'il n'était ni chrétien ni apôtre, et qu'il n'était pas encore Paul, mais Shaoul (Saul). Dès ce temps-là, il a tenté de suivre le chemin de la justice, de suivre la Torah intérieure.
Et il a découvert que c'était absolument impossible. Ou plutôt, que c'était possible, mais pas jusqu'au bout. Parce que jusqu'au bout signifie sans un seul péché: la Torah intérieure est incompatible avec le moindre péché. Pour en vivre pleinement, il faut en fait devenir sans péché. Mais pour l'homme déchu, cela n'est pas réaliste; c'est pourquoi la plupart de ceux qui cherchaient le chemin de la justice se limitaient à des demi-mesures, acceptaient des compromis, comprenant qu'ils n'étaient pas capables de devenir des justes parfaits.
Or, en réalité, cette situation ne pouvait signifier qu'une seule chose: l'homme n'est pas libre, il est esclave du péché. Un esclave pouvait parfois faire ce qu'il voulait, dans les limites fixées par son maître. De même, l'homme pouvait suivre la Torah dans les limites que lui imposait le péché qui habitait en lui. Mais ce n'est pas la liberté. L'homme ne pouvait pas suivre la Torah comme il le jugeait nécessaire, dans toute sa plénitude: il ne s'appartenait pas, il ne disposait pas de lui-même.
Sa fidélité à la Torah pouvait à tout instant être limitée par le péché sous le pouvoir duquel il se trouvait. C'est en ce sens que Paul appelle la Torah spirituelle, et qu'il se dit lui-même esclave du péché. Pour suivre la Torah sans se retourner, il lui fallait, à lui Paul, devenir libre. Un jour viendra où il rencontrera son Libérateur, son Rédempteur. En attendant, il ne lui restait qu'à attendre et à espérer, sans oublier la Torah intérieure. Dans l'attente de plus grand: cette plénitude de la vie du Royaume qui entrera dans sa vie avec la liberté retrouvée à l'égard du péché.
