RÉFLEXIONS pour Jr 7:1-34 — le 1 juillet 2019

RÉFLEXIONS pour Jr 7:1-34

Le sermon que Jérémie prononce à l’entrée du Temple (v. 2) soulève certaines questions. Ainsi, par exemple, on ne comprend pas très bien de quels « Baals » (v. 9) il parle, puisqu’il s’agit d’une époque où la réforme religieuse du roi Josias était déjà un fait accompli. Il n’est certes pas exclu que ce sermon ait été prononcé sous l’un des successeurs de Josias, lorsque les cultes païens recommencèrent à se répandre en Juda et que des autels païens apparurent jusque dans le parvis du Temple. Pourtant, il semble plutôt être question ici de cultes domestiques, dont même Josias n’avait pu venir à bout.

Comme on le sait, le paganisme pénètre toujours profondément dans la vie quotidienne, et c’est là qu’il est particulièrement difficile de le combattre, car la vie quotidienne est entièrement déterminée par le contenu spirituel de l’existence de ceux qui l’organisent. C’est pourquoi la religiosité publique et officielle diffère souvent sensiblement de la religion domestique et quotidienne. Apparemment, beaucoup de ces nouveaux « yahvistes », devenus si nombreux dans le pays après la réforme de Josias, demeuraient au fond des païens, sans pour autant douter un seul instant de leur propre orthodoxie. Spirituellement, une telle situation était pire que le paganisme déclaré : les païens, du moins, savent qui ils sont et ne se font pas d’illusions sur eux-mêmes, tandis que les prétendus « yahvistes » semblables à ceux auxquels Jérémie s’adressait entretenaient au contraire une agréable illusion au sujet de leur propre religiosité. Le yahvisme n’était probablement pas pour eux le fondement de leur vie spirituelle, mais seulement une sorte d’idéologie nationale. En Yahvé, ils voyaient le Protecteur du pays et du peuple, qui pourtant ne touchait pas leur cœur ; leur vie quotidienne laissait ainsi place aussi bien aux Baals qu’au culte de la Grande Déesse (v. 17–18).

Mais un tel yahvisme devenait en revanche le fondement d’un essor rapide d’une forme particulière de nationalisme religieux. Les habitants de Juda étaient convaincus que rien ne les menaçait, puisqu’ils possédaient désormais à Jérusalem le seul lieu sur terre où l’on offrait des sacrifices au vrai Dieu ; ni eux-mêmes ni leur pays n’avaient donc rien à craindre (v. 3–4). En outre, ils étaient manifestement tout à fait certains que la délivrance des malheurs et le Royaume messianique leur étaient garantis par définition : ils étaient le peuple de Dieu, fréquentaient régulièrement les offices du Temple et participaient aux sacrifices, sans se soucier ni d’observer les commandements ni même d’abandonner les cultes païens si chers à leur cœur (v. 9–10). Une telle assurance vide tout culte de sa valeur spirituelle, comme le prophète le rappelle à ses compatriotes (v. 21–24).

Tels furent les fruits d’une réforme religieuse menée d’en haut : le résultat extérieur fut atteint assez facilement et rapidement, mais l’état spirituel du peuple se révéla pire qu’auparavant. Le paganisme avait quitté les rues de Jérusalem pour se cacher dans les maisons et les cœurs de ses habitants ; il fut désormais rejoint par un nationalisme plein d’assurance, fortement mêlé d’une religiosité yahviste très superficielle. Ce mélange rendit le repentir impossible et la catastrophe inévitable.