RÉFLEXIONS pour Mt 7:21-23
L’homme déchu a tendance à espérer dans la puissance magique de la parole. Déjà dans la plus haute antiquité préhistorique, en prononçant un mot, en nommant quelque chose, l’homme était persuadé qu’il pouvait agir sur ce qui était nommé. Par la suite, il a transféré cette attitude aux hommes et aux dieux. On pensait qu’une parole pouvait contraindre non seulement un homme, mais même un dieu ou un esprit, à faire ce dont l’homme qui prononçait cette parole avait besoin. On pouvait jeter un sort aux dieux et aux esprits, les forçant à servir l’homme. Bien sûr, le yahvisme, puis le judaïsme, ont toujours eu une attitude très négative envers la magie et toutes les pratiques magiques, y compris les incantations. Mais, dans les profondeurs du subconscient, même chez les personnes religieuses, demeurait la conviction de la puissance magique de la parole. Si, dans l’antiquité païenne, cette conviction engendrait la pratique magique des incantations, dans la vie yahviste, tout comme dans la vie juive puis chrétienne, elle a engendré la pratique des serments sacrés solennels et des déclarations doctrinales. Proclame publiquement et solennellement le Symbole de Nicée, et te voilà «orthodoxe». Jure tout aussi publiquement et solennellement une fidélité éternelle à Jésus, et te voilà «chrétien». Et si les serments se répètent encore et encore, si la proclamation de sa «foi» devient une profession, il ne reste plus aucun doute: Dieu ne peut pas ne pas tenir compte d’une telle activité, le Sauveur ne se détournera pas de ceux qui ont prononcé tant de paroles, peut-être même très justes, pour Le défendre! Or il s’avère qu’Il peut ne pas en tenir compte. Il peut se détourner. Car Jésus n’a pas besoin d’avocats ni de brillants orateurs qui jouent avec les mots. Il Lui faut des témoins du Royaume. Et c’est tout autre chose.
