RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour Mt 10:16

La prudence du serpent et la simplicité de la colombe forment une combinaison paradoxale même au premier regard rapide. Elle devient encore plus paradoxale lorsqu’on l’examine de plus près. Il s’agit ici, manifestement, de ce même serpent qui séduisit les premiers humains dans le jardin d’Éden. C’est lui qui est appelé « sage » dans le récit biblique de la chute. Ou, plus exactement, « prudent », « circonspect » : tel est le sens du mot hébreu correspondant du récit. De même que du mot grec dans le discours du Sauveur adressé aux apôtres.

La même « prudence » appartient aussi à l’homme sage, c’est du moins ce qui est dit des sages dans le livre des Proverbes. Les traducteurs appellent le serpent « rusé », mais lorsque le même mot se rapporte à l’homme, ils appellent le plus souvent cet homme « prudent », et parfois, comme dans notre passage évangélique, même « sage ».

Mais il ne s’agit manifestement pas des définitions. Au fond, il s’agit d’une seule et même chose : de la capacité de voir le monde tel qu’il est. Avec tous ses avantages et ses défauts. Avec toutes ses possibilités, même celles que l’on peut employer pour le mal. De la capacité de discerner le blanc et le noir, la lumière et les ténèbres. Et de comprendre la logique d’action des forces de lumière comme des forces de ténèbres. Ne serait-ce que pour ne pas se tromper au sujet de ceux qui ont choisi le côté des ténèbres. Mais ce savoir seul ne suffit pas. Le serpent qui séduisit les premiers humains possédait lui aussi ce savoir. En soi, il ne sauve pas encore du mal.

Il faut encore l’intégrité et la pureté, précisément ces qualités que désigne le mot grec correspondant, de la tourterelle, la colombe des bois, seul oiseau convenant à tout sacrifice, y compris purificatoire. Cette intégrité permettra de faire un choix et de prendre une décision en s’appuyant non sur la sagesse de ce monde, si bien connue de celui qui choisit, mais sur la volonté de Dieu. Et cette pureté permet, tout en voyant tout le mal du monde tel qu’il est, de ne pas du tout se régler sur lui lorsqu’il s’agit de l’œuvre de Dieu.

La prudence de ce monde est utile dans l’analyse d’une situation, mais elle devient spirituellement destructrice lorsqu’il faut faire un choix et prendre des décisions en suivant la volonté de Dieu, des décisions conformes à la Torah et à l’Évangile. Le Royaume de Dieu est une réalité, non une pieuse fantaisie ni un symbole religieux ; celui qui le cherche doit donc être réaliste. Mais son réalisme ne doit pas se limiter aux seules réalités du monde déchu, comme cela arrive souvent aux réalistes de ce monde. Alors le Royaume deviendra pour un tel homme une réalité, un but réel que l’on peut atteindre.