RÉFLEXIONS pour Ex 23:4
La Torah, comme la Bible dans son ensemble, n’a jamais encouragé la vengeance ni poussé personne à l’esprit de vengeance. Il y a, bien sûr, parmi les lois de la Torah celle que Jésus cite dans le Sermon sur la montagne, à propos de l’œil pour œil et de la dent pour dent. Cette norme faisait partie du principe appliqué de manière cohérente dans la législation du livre de l’Exode : le principe du talion, le principe de rétribution et de compensation. Mais ce principe lui-même peut être mis en œuvre de différentes manières. On peut, par exemple, adopter une loi prescrivant le versement d’une compensation financière à celui à qui un dommage a été causé. Dans le même livre de l’Exode, de telles normes sont nombreuses.
Si quelqu’un cause à autrui un dommage personnel ou matériel, il est en règle générale condamné précisément à compenser le préjudice causé, souvent au multiple. En cas de dommage personnel, celui qui l’a causé est tenu de payer le traitement de la victime et de l’entretenir à ses frais jusqu’à ce que sa capacité de travail soit rétablie. Et si cela ne se produit pas, le coupable est tenu d’entretenir la victime à ses frais jusqu’à la fin de ses jours. La norme suivant le principe « œil pour œil, dent pour dent » était plutôt une survivance du passé, lorsque la vengeance était le seul, ou du moins le principal, moyen de régler les relations et de compenser le dommage causé.
Il s’agit ici plutôt d’une limitation que d’une prescription : pour un seul œil crevé, on ne devait pas crever les deux yeux du coupable, ni lui arracher toutes les dents parce que la victime en avait perdu une. Mais même sous cette forme limitée, la vengeance restait tout de même vengeance. Ce n’est pas par hasard que Jésus abolit cette norme : elle était manifestement une concession à la condition pécheresse de l’homme. Quant à l’attitude réelle de la Torah envers la vengeance, on la voit aisément dans la loi qui interdit de se défouler sur les biens de son ennemi. Il est interdit d’utiliser le malheur arrivé à une personne pour lui faire du mal, même si elle est ton ennemie.
À la rigueur, s’il n’y a vraiment aucun moyen de se retenir, on peut lui infliger un dommage proportionné, surtout s’il s’agit par exemple d’une bagarre. Mais on ne peut pas se venger même de son ennemi à chaque occasion favorable. Une telle vengeance sans limites ne signifie qu’une chose : une haine infinie et incessante envers celui dont on se venge. Une haine avec laquelle il est impossible de vivre. Et cela non seulement parce qu’en haïssant ainsi on peut tôt ou tard tuer celui que l’on hait, mais parce que par cette haine on se tue soi-même. Pour toujours et sans retour.
