RÉFLEXIONS pour Si 1:1-10
Qu’est-ce que la sagesse ? En quoi consiste-t-elle et où la chercher ? Beaucoup ont tenté de répondre à cette question, et les sages bibliques ne font pas exception. Mais que faut-il entendre par sagesse ? Pour nous aujourd’hui, la sagesse est souvent associée soit à une pénétration profonde des mystères de l’univers et du cœur humain, soit à une riche expérience de la vie. L’un et l’autre supposent contemplation, réflexion, étude. Pour les anciens Hébreux, en revanche, comme pour quelques autres peuples de leur temps, la sagesse était plutôt un art ou un savoir-faire qu’une connaissance, plutôt une pratique qu’une théorie. On pouvait même appeler sage un artisan, s’il maîtrisait bien son métier et était un véritable maître dans son domaine. Du reste, dans le milieu de la cour, parmi les politiques et les hommes d’État, la sagesse était considérée avant tout comme l’aptitude à juger et à gouverner l’État : c’est précisément cette sagesse que Salomon demanda à Dieu. Plus tard encore, déjà dans la période d’après l’exil, ou peut-être peu avant l’exil, on se mit à appeler sagesse l’art de vivre justement, l’aptitude à suivre la Torah, les commandements de Dieu. Bien sûr, les auteurs des livres bibliques ne regardent pas la justice comme un métier ou un art de gouverner. La justice est d’abord l’affaire de Dieu, et seulement ensuite celle de l’homme. Mais, dans la mesure où elle est humaine, on peut parler d’un art de la justice. En effet, vivre dans un monde déchu la vie d’un juste, c’est presque la même chose que marcher sur une corde au-dessus d’un abîme. Ici, on ne peut se passer d’habileté ni d’entraînement. Mais un tel funambule a-t-il une assurance ? Il apparaît qu’il en a une, et cette assurance est ce frémissement sacré, cette vénération devant Dieu, que la traduction russe appelle d’ordinaire, peut-être pas très heureusement, crainte de Dieu. Lorsque l’homme est menacé d’une chute spirituelle, c’est elle qui peut l’aider à s’arrêter au tout dernier moment. Mais pour éprouver un tel frémissement sacré, Dieu doit Lui-même faire sentir à l’homme Sa grandeur. Sans une telle révélation, la crainte de Dieu restera quelque chose de purement spéculatif dans le meilleur des cas, et, dans le pire, quelque chose de déformé. Mais l’expérience de la véritable crainte de Dieu s’avère réellement être ce sur quoi toute la vie spirituelle de l’homme peut tenir, même lorsqu’il n’a aucun autre appui spirituel.
