RÉFLEXIONS pour Mt 25:28
La logique du Royaume est une logique étrange aux yeux de ce monde. Il n’y a là aucun nivellement général, que nous prenons parfois pour la justice. D’ailleurs, même lorsqu’il s’agit de ce vieux monde qui nous est si familier, nous comprenons parfois qu’il existe des choses qui ne se partagent ni également ni « selon la justice ».
Par exemple, l’amour. Ou le talent, non celui de la parabole évangélique, où il s’agit d’argent, mais celui auquel nous pensons quand nous parlons d’une personne talentueuse. Ici, nous nous résignons à l’inévitable : il existe des choses qui appartiennent seulement à celui à qui elles ont été données par Dieu, et à personne d’autre.
Pourquoi donc Dieu agit-Il comme Il agit ? Celui qui a rendu à son maître son argent intact et bien conservé a-t-il mal agi ? À raisonner humainement, il n’a rien fait de mal, il a accompli son devoir : il n’a pas augmenté la richesse de son maître, mais il ne l’a pas non plus dilapidée, rendant intact ce qu’il avait reçu en dépôt.
D’ailleurs, même à raisonner humainement, on peut deviner que l’argent qui dort dans une cachette non seulement ne rapporte rien, mais se dévalue parfois. Lorsqu’il s’agit de la vie spirituelle et du Royaume, la situation apparaît encore plus claire. La vie spirituelle est toujours dynamique. Quand Dieu a créé l’homme, Il a soufflé « dans ses narines », c’est ainsi que se lit littéralement le texte hébreu, Son souffle, le souffle de vie, et l’homme devint vivant. Or le souffle est un processus ; il ne peut y avoir d’arrêt, car il équivaut à la mort. Et le Royaume, tel qu’il s’est révélé au jour de la Pentecôte, est lui aussi le souffle de Dieu faisant irruption dans le monde pour le transformer.
Quiconque veut participer à sa vie, et même simplement à la vie spirituelle, celle qui unit l’homme à Dieu, doit devenir partie prenante d’un processus où le petit devient grand, le germe un arbre aux larges branches, une seule inspiration un puissant flot de vie, bref, un processus où l’on reçoit dix talents pour un seul. Telle est la logique du Royaume, la vérité de sa vie. Si l’on n’y participe pas, on ne gardera même pas son minimum, fût-il donné par Dieu. Car ce minimum n’est que le grain semé par Dieu, qui peut soit germer et porter du fruit, soit pourrir, ce que Dieu ne permettra sans doute pas. Il n’y a pas de troisième voie.
