RÉFLEXIONS pour Lc 13:34 — le 23 août 2018

RÉFLEXIONS pour Lc 13:34

En s’adressant à Jérusalem, le Sauveur s’adresse en même temps à l’histoire de cette ville. Depuis l’époque de David, elle fut non seulement la capitale de l’État juif, mais aussi la capitale du yahvisme. Et elle le demeura jusqu’à l’époque évangélique, si l’on excepte une interruption brève à l’échelle de l’histoire pendant l’exil à Babylone.

Et à toutes les époques, dans cette ville, la même tragédie s’est rejouée encore et encore. La tragédie du refus de ceux qui parlaient au nom de Dieu. Aucun des grands prophètes de l’antiquité n’a pu être triomphateur de son vivant. Même Isaïe de Jérusalem, qui avait de l’influence sur le roi Ézéchias, a finalement, si l’on juge selon les critères terrestres, échoué : son influence n’a pas suffi à déterminer la politique d’Ézéchias, qui semblait pourtant bien disposé envers le prophète. Et bien que les récits du martyre de ce prophète sous le règne de Manassé apparaissent beaucoup plus tard, il n’est pas exclu qu’une histoire réelle se tienne derrière eux : sous Manassé, il y eut vraiment des persécutions contre les disciples des prophètes.

D’autres eurent moins de chance : on les regardait, dans le meilleur des cas, comme des originaux importuns, et dans le pire comme des ennemis de leur pays et de leur peuple, comme ce fut le cas, par exemple, pour Jérémie. Certes, par la suite, déjà après l’exil à Babylone, les Juifs se mirent à regarder les prophètes comme de grands hommes ; leur héritage fut étudié et systématisé, et c’est ainsi qu’apparurent les recueils des livres des premiers et des derniers prophètes. Mais quelque chose demeura inchangé, et c’est précisément ce quelque chose qui empêcha beaucoup de contemporains de Jésus de voir en Lui le Messie promis par Dieu. Il s’agit de la méfiance, ou d’une confiance insuffisante, envers la révélation vivante.

Les contemporains de Jésus croyaient en effet les prophètes non pas tant parce que leur vie et leur expérience spirituelle leur permettaient de voir la profondeur de la révélation prophétique, mais parce qu’à cette époque les prophètes étaient déjà considérés comme des autorités spirituelles absolues, et que les livres prophétiques étaient entrés dans le canon de la Sainte Écriture. Ils ne croyaient pas à l’Esprit, mais à la tradition. Et tout ce qui n’entrait pas dans la tradition devenait pour ces hommes non moins suspect que les paroles des anciens prophètes l’avaient été pour leurs contemporains.

Il y eut, bien sûr, des exceptions, mais elles furent peu nombreuses. L’ancienne tragédie se répétait. Mais il ne s’agissait plus maintenant d’un prophète, il s’agissait du Messie. De Celui pour qui Dieu avait fait grandir Son peuple et lui avait donné une vie historique. Le rejet du Messie devait donc inévitablement devenir pour lui une catastrophe historique. Le Sauveur, naturellement, veut pour Jérusalem un autre destin. Mais même Lui n’a pas le pouvoir de changer le choix fait par Ses compatriotes. Car chacun choisit lui-même son chemin. Qu’il s’agisse d’un homme particulier ou d’un peuple entier.