RÉFLEXIONS pour Lc 13:4
En répondant à la question bien connue des religieux de tous les siècles, « pourquoi cela nous arrive-t-il ? », Jésus leur indique un événement dont l’histoire ne nous a pas conservé les détails. Mais même sans détails, il devient clair qu’il s’agit d’une sorte de catastrophe que nous appellerions aujourd’hui technique : la tour de Siloé, sur laquelle nous n’avons pas d’autres renseignements, s’est visiblement effondrée soudain, et des gens ont péri sous ses décombres, des gens qui, à en juger par les paroles du Sauveur, n’étaient pas les pires de la ville.
C’est Sa réponse à une autre question posée au même moment : pourquoi des hommes connus pour leur foi et leur piété ont-ils péri de la main d’Hérode, qui gouvernait alors la Galilée ? Il s’agit là aussi d’un événement mentionné nulle part ailleurs, mais tout ce que nous savons aujourd’hui d’Hérode et de son règne indique qu’il a pu y avoir sous lui beaucoup d’épisodes semblables.
La réponse de Jésus à la question « pourquoi ? » est donc assez claire et assez terrible, même s’il était difficile d’attendre autre chose dans le monde déchu. Dans le monde déchu, il n’y a ni récompense pour les justes ni châtiment pour les pécheurs. Il est amoral, et le mal y règne. Ici, il peut arriver n’importe quoi à n’importe qui, et ni la foi, ni la piété, ni les bonnes qualités d’une personne ne peuvent rien changer à sa situation.
Il n’existe aucune garantie qu’il n’arrive rien d’horrible à une personne bonne, croyante et pieuse, non seulement de la main des hommes, mais simplement par ce que nous avons l’habitude d’appeler un hasard absurde. Après la chute, l’homme s’est retrouvé dans un monde où il n’y a pas de place pour Dieu, où l’on ne veut pas de Lui et où Son accès est extrêmement limité, limité par cette même libre volonté de l’homme dont l’homme aime tant abuser. Et Dieu ne s’introduira pas de force là où l’homme ne veut pas Le voir. Mais Il peut pourtant aider l’homme, seulement dans Son monde. Dans le Royaume.
Là où Il est pleinement maître et où, par conséquent, il n’y a pas de place pour le hasard, du moins lorsqu’il s’agit de l’homme. C’est là que chacun reçoit, non pas une récompense, mais ce qu’il cherchait et ne pouvait pas trouver dans le monde déchu, lorsqu’il suivait le chemin qui l’a finalement conduit au seuil du Royaume. « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même » : il est étrange d’entendre de telles paroles du Sauveur adressées à des gens profondément et sincèrement croyants, religieux et pieux. Mais Jésus parle du Royaume.
« Faites enfin le dernier pas sur le chemin et entrez là où il n’y a pas de place pour le mal » : voilà, au fond, ce à quoi Il les appelle. Ici, dans le monde où règne le mal, on ne peut rien faire. À mesure que le Royaume entre dans le monde, celui-ci changera, mais dans son état actuel il ne pourra pas devenir bon. Réponse parfaitement réaliste, effrayante par son réalisme, mais qui propose aussi une alternative. La réponse du Messie qui a apporté le Royaume dans le monde.
