RÉFLEXIONS pour Lc 8:45
Réaction étrange au premier abord: d'un côté, une foule nombreuse Le presse de toutes parts, mais cette cohue semble passer inaperçue; de l'autre, le contact d'une femme qui désire ardemment être guérie, et ce contact est aussitôt perçu. Pourtant, si l'on y réfléchit, il n'y a là rien d'étrange. On a remarqué depuis longtemps que nulle part l'homme n'est aussi seul que dans une grande foule. Même lorsque cette foule est assez compacte. On dirait que tous sont serrés les uns contre les autres, que la proximité est extrême, mais il s'avère que cette proximité n'est que physique, et qu'il n'y en a aucune autre. Jésus éprouve apparemment la même chose dans une foule serrée.
Seulement, contrairement à nous, les contacts accidentels dus à la densité de la foule Lui sont totalement indifférents. Il semble même ne pas les sentir du tout; pour Lui, ils sont comme inexistants. C'est compréhensible: ce qui Lui importe avant tout, ce sont les relations personnelles avec ceux qui se trouvent auprès de Lui; quand ces relations n'existent pas, il n'y a rien à dire ni rien à sentir, quand bien même une foule pressante L'entourerait.
Jésus la percevait sans doute comme une masse impersonnelle, dans laquelle on ne distingue pas la personne particulière, parce que l'homme lui-même, dans la foule, ne se voit d'ordinaire pas, à moins d'y faire un effort particulier. Et même si, extérieurement, l'intérêt de la foule se portait précisément sur Lui, sur Jésus, au fond il n'y avait dans cette foule personne pour s'intéresser vraiment à Lui.
L'attente excitée d'un miracle ne compte pas: en soi, elle ne fait pas encore d'un homme une personne consciente d'elle-même. Il en va autrement de la femme qui désire ardemment recevoir de l'aide, une guérison, et donc une rencontre personnelle. Elle ne se fond pas dans la foule. Elle se souvient d'elle-même et, au moins en partie, se connaît elle-même. Même si c'est par le négatif, par un problème, par une maladie restée jusque-là incurable, elle se connaît.
Hélas, dans le monde déchu, c'est souvent par le négatif que l'homme commence à prendre conscience de lui-même; beaucoup ne peuvent être réveillés autrement. Et quand on touche Jésus consciemment, en cherchant avec Lui des relations personnelles et tout à fait concrètes, en comprenant ce que l'on veut de Lui, Il perçoit celui qui Le touche précisément comme une personne, et non comme une partie de la foule. Alors la guérison devient possible; alors commence à agir cette force de Dieu que Jésus sent toujours en Lui, et Il sent cette force agir à travers Lui. Celui qui cherche la guérison reçoit ce qu'il cherchait: car il a trouvé Celui qui peut le guérir.
