RÉFLEXIONS pour Mc 10:32-45 — le 30 mai 2018

RÉFLEXIONS pour Mc 10:32-45

Manifestement, les paroles de Jésus sur la croix qu’il faut prendre (c’est-à-dire, comme un condamné à mort, charger sur ses épaules la traverse que l’on clouait au poteau servant à l’exécution par crucifixion) et sur Sa propre mort plongèrent les disciples dans une confusion totale. Comme le dit l’évangéliste, ils « étaient dans l’inquiétude », et par moments la terreur les saisissait. Mais pourquoi cela leur arrivait-il ? N’étaient-ils pas prêts à mourir pour leur Maître et leur Guide ? Les tout premiers affrontements avec les scribes, les hérodiens et même les pharisiens n’annonçaient-ils pas déjà les persécutions parfaitement prévisibles de Jésus et de ceux qui partageaient Ses convictions ?

Il semble pourtant qu’il ne s’agissait ici ni de lâcheté ni de la destruction d’illusions concernant la lutte à venir contre un pouvoir corrompu et hostile au peuple. Ce qui les plongeait dans un désespoir total, c’était le refus de principe de Jésus, face à la menace désormais réelle d’être anéanti par la machine d’État, de recourir à la force ou même à toute forme d’autodéfense. Et en effet, ce qui frappe dans les paroles et les actes de Jésus pendant les dernières semaines de Sa vie, c’est cette marche vouée à la mort et, en même temps, la conviction absolue qu’il était tout simplement impossible d’agir autrement. Il était entièrement saisi par la puissance de Dieu et finit par accomplir Sa mission, Sa vocation. Pour cela, Il alla jusqu’au bout, malgré tout...

Et comme les demandes des disciples concernant des privilèges et des honneurs dans le Royaume de Dieu paraissent mesquines et absurdes sur cet arrière-plan. Peu importe d’ailleurs qu’ils l’aient compris d’une manière terrestre ou d’une façon spirituelle, ce qui n’est pas non plus exclu. Car le christianisme ne consiste nullement à accumuler des mérites ni à développer en soi des qualités surnaturelles particulières. Le christianisme, c’est-à-dire la suite du Christ, est une vie conforme à l’appel reçu, la réalisation créatrice par chaque chrétien de sa vocation unique, parfois malgré tout et assez souvent au péril de sa vie. Et tout cela non pour obtenir une béatitude « céleste », des récompenses ou des titres, mais afin de trouver ici et maintenant l’harmonie avec soi-même et le bonheur de l’unité avec les hommes et avec Dieu, dans un joyeux enrichissement mutuel et le don sacrificiel de soi.