RÉFLEXIONS pour Mc 6:7-13
Le Seigneur envoie Ses disciples en mission apostolique. Il les envoie deux par deux. Pourquoi précisément deux par deux ? Théophylacte de Bulgarie nous renvoie au livre de l’Ecclésiaste : « Mieux vaut être deux que seul, car ainsi le travail rendra bien pour eux. Si l’un tombe, l’autre relève son compagnon. Mais malheur à celui qui est seul : s’il tombe, il n’a personne pour le relever » (Qo 4:9-10). C’est un point très important pour comprendre. Deux personnes. Bien sûr, on se rappelle aussitôt ces paroles : là où deux ou trois sont réunis en Mon nom, Je suis au milieu d’eux (Mt 18:20). Ces paroles préfigurent l’Église, la paroisse et la communauté ; elles indiquent la pluralité, précisément deux ou trois, comme le début de la suite des nombres naturels, après lequel viendraient une virgule et des points de suspension. Mais le Seigneur envoie précisément deux personnes. Il n’est pas dit « deux ou trois », mais clairement « deux par deux » ; cette dyade doit donc elle aussi correspondre à une réalité de notre vie. Nous pouvons proposer l’explication suivante, sans vouloir l’imposer ; elle nous est simplement venue à l’esprit. Nous avons ici l’image d’un homme et de son père spirituel. Cette forme de présence commune devant le Seigneur est très souvent difficile à saisir précisément pour les personnes instruites et cultivées, et donc autonomes. Bien sûr, comme tous les hommes, elles ont besoin de relations, et leur autonomie s’y réalise ; elles créent donc facilement une paroisse ou une communauté. Mais le sacrement de la confession devient souvent pour elles un obstacle insurmontable. C’est là qu’un homme et son père spirituel se présentent ensemble devant Dieu et discernent les chemins de leur mission apostolique, car celle-ci doit toujours être, dans une certaine mesure, commune au père spirituel et à son enfant. Si l’un se trompe, quelqu’un doit pouvoir regarder la situation de l’extérieur et signaler l’erreur à temps. Au fond, nous traversons cette vie comme des personnes envoyées par le Seigneur en mission apostolique, et quelqu’un doit se tenir à nos côtés. Mais, dira-t-on, les apôtres marchaient en égaux, tandis qu’il existe une inégalité entre le père spirituel et son enfant, puisque le premier dirige le second. Premièrement, il est très probable que, dans chaque paire d’apôtres, l’un se révélait l’aîné. Deuxièmement, cette inégalité contredit les paroles : n’appelez personne sur la terre votre père, car vous n’avez qu’un Père, Celui qui est aux cieux (Mt 23:9). Il faut accepter l’un et l’autre malgré leur contradiction apparente. Les paroles mentionnées plus haut au sujet de deux ou trois personnes et celles d’aujourd’hui au sujet de deux personnes semblent répondre à des sphères différentes de notre expérience de la vie en Dieu : l’expérience de la communauté et celle de la relation avec un père spirituel. Elles s’enrichissent mutuellement sans se contredire. Il existe encore des passages où le Seigneur nous appelle à nous présenter seuls devant Lui, et vous les connaissez tous parfaitement. Ce troisième aspect rendrait l’image complète, mais ce n’est pas notre propos maintenant. Un autre point relativement difficile à comprendre est la raison pour laquelle il faut demeurer dans une seule maison. Théophylacte de Bulgarie l’explique ainsi : « Il leur ordonne de demeurer dans une seule maison, afin qu’on ne pense pas qu’ils changent de lieu par gourmandise, en allant des uns aux autres. » Mais il ne s’agit là que d’un sens local et historique ; il doit encore y avoir ici un autre sens. Ce sens est peut-être la confiance en Dieu, la capacité de discerner Sa main qui nous guide derrière des événements de la vie apparemment fortuits. Si tu es arrivé dans cette maison, c’est que le Seigneur t’y a conduit, et tu dois être fidèle à Sa providence. Si le Seigneur t’a conduit dans cette église et cette paroisse, c’est qu’Il l’a voulu ainsi ; lorsque nous commençons à errer et à chercher quelque chose de meilleur, nous ne sommes guidés que par notre propre volonté.
