RÉFLEXIONS pour Ps 1:1
Au premier regard, le premier verset du premier psaume rappelle le vieil adage romain sur les mauvaises compagnies qui corrompent les bonnes mœurs. Il a indubitablement son sens, profond, que l'auteur du psaume connaissait.
L'homme déchu est porté à l'imitation, au jeu; il cherche à se modeler sur son entourage. Même si, au début, cette imitation vise une sorte de mimétisme, elle peut finalement conduire à ce que les mœurs et les convictions de l'homme qui se mimétise ainsi deviennent réellement les mêmes que les vues de son entourage. Comme le dit un autre proverbe romain, l'habitude est une seconde nature. Mais le premier verset du premier psaume contient aussi un autre sens, plus profond.
La vie spirituelle est d'abord relation: les relations qui nous lient à Dieu, celles qui déterminent nos liens avec les autres personnes, enfin notre relation à telles choses ou à tels événements que nous évaluons d'une manière ou d'une autre, auxquels nous participons ou dont nous nous écartons. Il peut nous sembler que telles paroles ou tels actes de notre part sont conditionnés exclusivement par la situation où nous nous trouvons, qu'il nous faut parfois inévitablement communiquer avec des personnes auxquelles, en conscience, nous ne serrerions pas la main, et participer à des affaires auxquelles, au fond, non seulement il est impossible de participer, mais dont il est même indécent de parler.
Nous pouvons alors penser que, puisque nous faisons tout cela par contrainte, puisque cela ne touche pas nos vues ni nos convictions, et que, si cela dépendait de nous, nous ne ferions bien sûr jamais rien de semblable, cela n'affecte pas notre vie spirituelle, ou presque pas. Pourtant, en réalité, tout est loin d'être aussi simple. Il y a certes une différence entre celui qui pèche librement et avec plaisir, et celui qui consent au péché à contrecœur.
Et pourtant, le péché commis contre son désir reste péché. Comme tout péché, il influence notre vie spirituelle, nous entraînant dans des relations incompatibles avec la communion avec Dieu. Or l'incompatibilité avec la communion avec Dieu nous place toujours dans une situation de choix, et il faut choisir entre Dieu et ce qu'on appelle d'ordinaire la convenance pratique de la vie.
L'auteur du psaume n'est ni rigoriste ni misanthrope; il nous appelle seulement à faire le choix de Dieu. Non par mépris des pécheurs et des impies, non par répugnance morale, mais parce qu'autrement il nous faudra, pour communier avec eux, sacrifier notre propre vie spirituelle, et cela est trop demander à quiconque.
