RÉFLEXIONS pour Lc 19:20-22
L'image du maître dur qui « prend ce qu'il n'a pas déposé et moissonne ce qu'il n'a pas semé » peut paraître assez étrange. En effet, selon le sens général de la parabole, il n'est pas question d'un homme, mais de Dieu. Pourtant chacun voit Dieu à sa manière, d'ordinaire selon son propre état spirituel.
En effet, même si l'on se limite au seul texte de la parabole et que l'on garde en vue l'image du maître que nous y voyons, il est difficile de parler de lui comme d'un homme avide et cruel. Bien sûr, en laissant à ses serviteurs une certaine somme, il espère un revenu correspondant à son retour; mais telle est la nature de l'argent: il doit être en circulation, sinon la possession même d'une somme un tant soit peu importante perd tout sens.
Bien sûr, il y a un risque, mais le maître n'est pas contre le fait que ceux à qui il a confié son argent prennent des risques. On ignore quelle aurait été sa réaction à des pertes dues à un mauvais placement, mais sa réaction au refus de mettre les sommes confiées en circulation est décrite dans la parabole de manière parfaitement claire. Et, comme dans toute parabole, l'argent mis en circulation symbolise ici quelque chose qui touche à la vie spirituelle. Il faut même parler moins de l'argent comme tel que de la disposition à le mettre en circulation, de cette dynamique sans laquelle l'argent cesse d'avoir un sens.
Dieu donne la vie à l'homme pour qu'elle existe dans une dynamique constante. La vie, dans toutes ses manifestations, des plus hautes et spirituelles aux plus ordinaires et naturelles, ne peut exister que dans la dynamique. Et seules l'ouverture de l'homme au monde et sa confiance en Dieu peuvent rendre cette dynamique réelle. Le serviteur qui a préféré cacher l'argent n'avait ni l'une ni l'autre. Il était convaincu que le maître lui donnait l'argent pour avoir ensuite la possibilité d'exiger de son serviteur des comptes et de reprendre ce qui était à lui. Il ne lui venait même pas à l'esprit que l'argent du maître pouvait être utile aussi bien à lui-même qu'à son maître.
Il était convaincu qu'il ne fallait rien attendre de bon du maître. Et il reçut selon ses attentes. Dieu donne la vie à l'homme non pas pour trouver une occasion de lui faire un reproche de plus ou de le punir, mais pour que cette vie grandisse en lui jusqu'à la plénitude que l'homme peut accueillir. Mais si l'homme voit dans le don de Dieu un piège, il se trouvera dans un piège. Et ce n'est pas Dieu qui y pousse l'homme. L'homme va lui-même dans son piège, par son propre choix.
