RÉFLEXIONS pour Lc 14:28
Jésus rattache souvent le chemin vers le Royaume à une sorte d'évaluation, de calcul, d'analyse des possibilités de l'homme. Celui qui s'apprête à construire doit d'abord évaluer ses ressources et comprendre s'il en aura assez pour achever l'ouvrage. Sinon, mieux vaut ne pas commencer. Une telle attitude est juste en tout cas lorsqu'il s'agit du chemin spirituel.
En effet, lorsque nous nous préparons à partir, nous espérons toujours atteindre le but, et nous essayons toujours de comprendre à quel point la route peut être difficile, dangereuse, et même si elle sera à notre portée. Et si cela est vrai de tout chemin spirituel, cela l'est tout particulièrement lorsqu'il s'agit du chemin chrétien: car il y est question du Royaume, chemin plus difficile que tout autre, même si le Sauveur Lui-même nous accompagne constamment sur cette route. Bien sûr, si le christianisme n'était qu'une nouvelle religion de plus, la situation serait différente. Toute religion est, jusqu'à un certain point, une fin en soi.
Et même lorsqu'il est question de quelque chose qui la dépasse, tout homme religieux peut toujours se consoler en se disant que, même s'il n'est pas parvenu à ce plus grand, il a tout de même fait quelque chose, et que ce qu'il a fait a de la valeur en soi. D'ordinaire, l'homme religieux, dans de tels cas, se dit à lui-même et aux autres qu'il a fait ce qu'il pouvait, et qu'il n'a jamais prétendu à davantage: il n'est pas un saint ni un juste, mais un homme ordinaire. Or le fait est que le christianisme comme religion n'a aucun sens.
Le christianisme est le chemin vers le Royaume et la vie dans le Royaume; et l'unique but du chrétien ne peut être que le Royaume dans toute sa plénitude, sinon il ne vaut pas la peine de commencer. C'est de cela que parle Jésus lorsqu'Il prend pour exemple le projet d'un propriétaire de jardin qui veut construire une tour de garde. Une tour inachevée ou mal construite n'est pas seulement inutile; elle peut même nuire, en donnant à celui qui l'a construite une illusion de sécurité qui n'existe pas en réalité. Dans ce cas, mieux vaut ne rien construire du tout.
De même, le chrétien qui n'est pas parvenu à la vie du Royaume dans toute sa plénitude peut tomber dans un piège: il peut lui sembler que tout va bien dans sa vie spirituelle puisqu'il accomplit certaines « obligations religieuses du chrétien », alors qu'en réalité il n'est pas plus proche du Royaume que n'importe qui d'autre qui ne pense même pas à la religion. C'est vers ce maximum, vers l'atteinte du but, que Jésus oriente Ses auditeurs, les appelant à réfléchir pour savoir s'ils sont prêts à aller jusqu'au bout; sinon, ne vaudrait-il pas mieux qu'ils Le quittent et vivent leur vie ordinaire, celle qu'ils menaient auparavant?
