RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour 2Co 10:7

On le voit, Paul juge avec un certain scepticisme la possibilité d'évaluer le christianisme d'une personne d'après son visage, ou sa « personne ». À première vue, un tel scepticisme n'est pas toujours justifié: souvent, le visage d'une personne, au sens large du mot, peut en dire beaucoup sur elle. Son style de vie, son comportement, même ses manières donnent parfois une représentation assez complète non seulement de l'extérieur, mais aussi du monde intérieur de celui qui les possède.

Et pourtant, à y réfléchir, il faut donner raison à l'apôtre: le visage, même compris au sens le plus large, dit très peu de chose de la vie chrétienne d'une personne, peut-être même rien du tout. Bien sûr, si le christianisme était simplement une nouvelle religion de plus, le visage d'un homme pourrait en dire beaucoup sur son christianisme: la religiosité, ou son absence, forme en grande partie ce visage même. Mais le christianisme n'est pas une religion, c'est la vie dans le Royaume. Et ici, sans expérience personnelle d'une telle vie, il est pratiquement impossible de comprendre quoi que ce soit.

On pourrait bien sûr rappeler l'amour, la joie et beaucoup d'autres traits caractéristiques de cette vie; mais des reflets du Royaume se rencontrent parfois aussi dans le monde non transfiguré. Et si l'on tient encore compte du fait que la joie, par exemple, comme beaucoup d'autres choses, peut être provoquée par les causes spirituelles les plus diverses, on en vient malgré soi à conclure qu'il est très difficile, sinon impossible, de juger seulement d'après des signes extérieurs dans quelle mesure une personne a été associée à la vie du Royaume.

Il reste un seul critère: la communauté d'expérience. En effet, la vie du Royaume, comme la vie en général, peut être très différente extérieurement; ses formes sont pratiquement inépuisables, mais son essence est une. Et quiconque connaît un tant soit peu cette vie ne la confondra jamais avec rien d'autre, à moins de vouloir, pour quelque raison, se tromper lui-même. L'apôtre, on le voit, fait appel précisément à cette expérience, qui permet de déterminer sans doute ni hésitation si telle ou telle personne a rapport à la vie du Royaume ou non.

Si un homme sait de lui-même qu'il vit d'une même vie avec le Christ, et si cela est réellement ainsi, celui qui vit de la vie du Christ ne peut avoir aucun doute sur la vie dont il vit, alors, à propos d'un autre homme, dès qu'il sent en lui la présence de cette même vie dont il vit lui-même, il dira avec pleine assurance: nous vivons avec lui d'une même vie.

On le voit, il n'y a pas d'autre critère. Et ce n'est pas étonnant: dans le monde non transfiguré, il ne peut par définition exister d'instrument permettant d'enregistrer les manifestations du Royaume. Et nous-mêmes ne pouvons les voir que dans la mesure où nous n'appartenons pas entièrement à ce monde. Paul propose donc à chacun, lorsqu'il s'agit de la vie spirituelle, de s'appuyer sur ce sens du Royaume, sur cet instrument unique et fiable qui nous permet de distinguer la vie du Royaume de la vie de « ce monde ».