RÉFLEXIONS pour Mc 6:30-45
Dans la communion étroite avec Jésus, on ne peut jamais dire avec certitude où se déroule l’action : dans le monde pas encore transfiguré ou dans le Royaume. Il en va ainsi dans le récit du rassasiement de la multitude qui L’écoutait avec cinq pains et deux poissons. Bien sûr, les lois du monde non transfiguré ne permettent pas cela. Mais, d’un autre côté, nous avons tout de même devant nous des gens ordinaires, qui pour l’instant ne font qu’écouter Jésus, et l’on ne sait pas encore lesquels d’entre eux seront prêts à Le suivre.
Comment donc se sont-ils retrouvés dans le Royaume ? La réponse à cette question ne peut sans doute être que la mention de la fraction du pain accomplie par le Sauveur. La fraction du pain est un ancien rite juif, dont les racines remontent au moins à l’époque de l’exil, et peut-être même à des temps encore plus anciens.
Ce rite, apparemment, fut toujours domestique, d’abord familial, puis, après l’apparition des fraternités religieuses, familial et fraternel. Et de tout temps, il fut considéré comme le prolongement du sacrifice du Temple, comme sa dimension domestique, complétant la dimension communautaire.
Or le sens initial de tout sacrifice, même païen, sans parler du yahviste, se réduisait à la communion avec Dieu ; il a toujours été considéré par tous comme un repas commun de Dieu ou, si l’on parle des païens, des dieux et des hommes. Les fidèles préparaient le repas et invitaient Dieu à table afin qu’Il le sanctifie Lui-même et bénisse ceux qui étaient réunis. Il en était ainsi lors des assemblées du Temple, et de même lors des assemblées domestiques. Et maintenant, la fraction du pain est accomplie par Celui qui a apporté au monde toute la plénitude du Royaume.
Il n’est pas étonnant que tous ceux qui y participent deviennent, au moins pour le temps de l’assemblée, des habitants du Royaume : car avec le Christ, la présence de Dieu se révèle dans toute la plénitude possible, et le Royaume devient la réalité la plus certaine. Bien sûr, une telle participation n’est que le premier pas, ce n’est que le commencement du chemin. Mais cette expérience est très importante : elle donne à chacun de ceux qui l’ont vécue la possibilité de comprendre ce qu’est le Royaume, non en paroles, mais en acte. Et de prendre une décision non à partir des paroles d’autrui, mais à partir de sa propre expérience.
