RÉFLEXIONS pour Jn 9:1-38
L’évangéliste Jean nous raconte aujourd’hui une histoire étonnante et, jusqu’à un certain point, exemplaire. Exemplaire parce qu’au-delà des événements arrivés à un homme concret, l’aveugle-né auquel le Seigneur Jésus a rendu la vue, ce récit parle de ce qui arrive à tout homme lorsqu’il rencontre Dieu. Et, hélas, on peut encore la dire exemplaire parce qu’elle présente un exemple caractéristique et typique de la manière dont les hommes réagissent à ce que fait le Seigneur Jésus.
Plusieurs points importants retiennent d’abord l’attention. Les disciples partent d’une idée répandue partout parmi les personnes religieuses, non pas croyantes, mais précisément religieuses : toute souffrance serait toujours le fruit d’un péché concret commis par une personne concrète. C’est pourquoi ils posent la question : qui a péché, l’aveugle-né lui-même ou ses parents ? Quel péché est la cause de la souffrance de cet homme ?
Le Seigneur ne répond pas à cette question. Il dit ce qu’il faut faire. Cela est arrivé à l’aveugle, dit-Il, afin que la gloire de Dieu soit manifestée. La question n’est donc pas de savoir qui est coupable ni si la mesure de la souffrance correspond à la gravité du péché. Pour les disciples du Christ, la douleur, la faiblesse ou la souffrance d’autrui peuvent devenir une occasion d’aimer, de compatir et d’exercer la miséricorde, c’est-à-dire une occasion de manifester ce qui est la véritable gloire de Dieu. Il en va de même pour le Christ. Voilà pourquoi Sa miséricorde guérit l’aveugle-né.
La question des disciples pourrait être appelée une approche scientifique et théologique de la souffrance, et la stérilité d’une telle approche est évidente. Mes voies ne sont pas vos voies, dit le Seigneur... À l’inverse, l’approche du Seigneur face à la souffrance humaine peut être dite pratique : selon Ses paroles, la souffrance ne doit pas être expliquée, mais guérie et consolée. Il est important de le sentir pour être disciple du Christ.
Il est encore significatif que le Christ ait réellement enfreint certaines prescriptions, mais l’Évangile nous fait clairement comprendre que le Seigneur refuse de prendre notre religiosité zélée pour la volonté du Père. L’accomplissement des exigences extérieures de la religion et l’obéissance à la volonté du Père sont des réalités de tout autre ordre. Avec notre zèle pour les détails rituels et notre indifférence envers les hommes, de qui sommes-nous les héritiers, du Christ ou des pharisiens ? Question triste et douloureuse. Il faut pourtant la poser afin de comprendre correctement ce qui, dans la vie de l’Église, est essentiel et principal, et ce qui est superficiel et secondaire.
