RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Jn 5:17-24

En parlant de Son ministère, Jésus mentionne le Jugement et la résurrection des morts, tout ce qui, dans l’esprit de Ses auditeurs, était lié à la fin de l’histoire terrestre, à la venue du Messie et à l’avènement du Royaume messianique. Pourtant, Il ne Se nomme toujours pas Messie. C’est peut-être précisément ce qui provoquait de nombreux malentendus : tout en revendiquant des prérogatives messianiques, Jésus ne Se proclame pas Messie, alors que, selon les conceptions religieuses généralement admises à cette époque, rien de semblable n’était permis à un homme ordinaire, fût-il prophète. Pourquoi donc ne tente-t-Il pas de dissiper les malentendus en déclarant simplement Sa messianité ? L’attitude envers Ses paroles aurait alors certainement été différente, et les accusations auraient été moins nombreuses, peut-être même inexistantes. Après tout, on attendait du Messie le Jugement et une relation particulière avec Dieu, même si, bien sûr, il n’était pas question ici de nature divino-humaine au sens chrétien. Le problème, cependant, était qu’à cette époque, dans le milieu juif, on regardait le Messie et Ses tâches à travers le prisme de la tradition de ce messianisme militant qui, après avoir semblé s’éteindre complètement à l’époque hellénistique, reprit vie au temps des guerres des Maccabées. Celles-ci étaient considérées comme le début de la guerre messianique, pendant laquelle ou peu après laquelle le Messie apparaîtrait. Le Messie ne devait pas seulement Se déclarer, Il devait agir, et agir d’une manière tout à fait déterminée et attendue. Or Jésus n’avait nullement l’intention d’agir ainsi. Sa tâche principale durant Son bref ministère terrestre était de faire entrer le plus grand nombre possible de personnes dans la vie du Royaume. Sa mission consistait à aller révéler le Royaume là où le Père Le dirigeait et à créer une communauté de ceux qui étaient entrés dans le Royaume et prêts à se consacrer au témoignage rendu à celui-ci. Pour tous les autres, y compris même les apôtres, tout cela n’était qu’un prélude à ce qu’ils considéraient comme l’essentiel : la préparation de l’insurrection messianique et de la guerre messianique, qui devait s’achever par l’expulsion des Romains et la fondation d’un nouveau « royaume des justes ». Jésus, Lui, parle constamment de la même chose, du Royaume et de Sa véritable mission, sans Se nommer Messie précisément afin qu’on n’exige pas de Lui ce qu’Il ne pouvait en aucun cas accomplir, parce que cela n’entrait pas dans les plans de Son Père. Cela compliquait considérablement les choses et rapprochait le dénouement tragique, mais permettait d’éviter des malentendus qui auraient pu conduire à une grave tentation spirituelle, celle qui, en l’an 70, mena à la destruction de la ville et du Temple annoncée par le Sauveur.