RÉFLEXIONS pour Rm 13:13
Les paroles de l’apôtre sur la lumière du jour, où il vaut mieux ne pas se conduire mal, font parfois sourire: en les lisant, on pourrait penser qu’à la faveur de la nuit on peut faire ce qu’on ne ferait pas à la lumière du jour. Pourtant Paul parle du jour en un sens particulier, spécifiquement yahviste. Le jour de Yahvé, ou, comme on l’appelle d’ordinaire dans les traductions françaises, le jour du Seigneur, est un temps particulier dans la vie du peuple de Dieu. C’est le temps où Dieu intervient directement et immédiatement dans la vie du peuple.
On appelait jour de Yahvé, par exemple, les temps de catastrophes naturelles ou de guerres. Mais une telle intervention était aussi liée à l’idée du jugement de Dieu. Or le jugement a été compris différemment selon les époques. La représentation la plus ancienne et la plus simple y voyait la guerre ou la catastrophe naturelle comme un châtiment pour le péché commis par le peuple.
Mais avant même l’exil à Babylone, cette représentation céda la place à une autre: on se mit à regarder le jugement comme une sorte de pesée de l’homme et de ses œuvres sur des balances spirituelles, à peu près comme les peuples voisins se représentaient le jugement divin. Chez ces peuples, cependant, ce jugement était d’ordinaire posthume, et l’on pesait l’âme de l’homme comparaissant au jugement; chez les Juifs, Dieu pesait les actes de l’homme encore de son vivant, déterminant s’il était digne qu’on le laisse en vie ou si, par ses actes, il méritait déjà la mort.
Le Sauveur parle du jugement tout autrement: selon Lui, le jugement consiste en ceci que la lumière est venue dans le monde; Il pense manifestement à la lumière du Royaume qu’Il a apporté, et désormais il dépend de l’homme lui-même d’accueillir cette lumière ou de s’enfuir parce qu’il comprend que sa vie est incompatible avec elle.
Paul comprend de même le jour de Yahvé: c’est le jour où la lumière entre dans le monde. Si auparavant on pouvait encore tarder à choisir, remettre à plus tard le repentir et la conversion, désormais il ne reste plus de temps: la décision doit être prise immédiatement, et une fois prise, il faut l’accomplir résolument et sans dévier. En effet, il s’agit du salut, du Royaume, de ce qui détermine le destin de l’homme dans l’éternité. Ici, les hésitations n’ont pas leur place.
