RÉFLEXIONS pour Jn 1:12
Que signifie «être enfants de Dieu»? Et quelle autorité faut-il pour l’être? À l’aube de l’histoire juive, aux jours de l’Exode et à l’époque de la conquête de la Palestine, tout était simple.
Alors était considéré comme enfant de Dieu tout Juif qui appartenait au peuple de Dieu du fait même de sa naissance juive. Mais même en ce temps-là, être Juif signifiait non seulement appartenir au peuple juif par droit de naissance, mais aussi garder l’alliance conclue au Sinaï, et donc suivre la Torah donnée au peuple par Moïse.
Avec le temps, le regard porté sur la Torah et sur le peuple changea, et la question de savoir qui est enfant de Dieu commença à se résoudre dans le contexte de l’adhésion à telle ou telle tradition au sein de la communauté yahviste. Il allait de soi qu’il s’agissait de croyants yahvistes, et non de païens, qui étaient nombreux parmi les Juifs à l’époque préexilique. Mais déjà à cette époque préexilique, des mouvements se formaient à l’intérieur de la communauté, surtout autour des prophètes, et leurs membres considéraient d’abord comme enfants de Dieu les uns les autres et ceux qui partageaient leurs convictions.
Pendant l’exil et après l’exil, quand apparut la synagogue, ses membres commencèrent à se considérer eux-mêmes comme enfants de Dieu. Là, il ne s’agissait plus seulement, ni même surtout, de nationalité, car pouvaient rejoindre la synagogue même ceux qui n’avaient aucun lien de sang avec le peuple juif; il s’agissait de fidélité à la communauté, et donc à la tradition liée à cette communauté. Or la tradition supposait aussi la communion avec Dieu, par la prière, la lecture et l’étude des textes sacrés, l’activité éducative, c’est-à-dire l’étude de la Torah et son enseignement aux enfants et aux adultes, ainsi que les œuvres de miséricorde.
Tout cela faisait de l’homme, comme disaient les rabbins savants de l’époque du Second Temple, un enfant de Dieu. Ce n’est pas un hasard si, à l’époque évangélique, ceux qui revendiquaient surtout ce titre étaient les pharisiens, membres de fraternités religieuses qui participaient activement à tout ce qui vient d’être énuméré. Ils étaient convaincus qu’eux, à coup sûr, pouvaient se considérer comme enfants de Dieu: ils excellaient tous dans les œuvres de Dieu, telles qu’ils les comprenaient, comme personne d’autre.
Mais l’Église des premiers chrétiens met l’accent non sur l’activité religieuse ou autre, quelle qu’elle soit, mais sur cette vie du Royaume qui est impossible sans le Christ. Certes, cela n’abolit pas l’activité liée aux œuvres de miséricorde ou à l’enseignement religieux, mais autre chose passe au premier plan: la communion avec le Christ ressuscité et cette unité de la vie du Royaume qui L’unit à Ses fidèles, faisant d’eux, selon la parole de l’apôtre Paul, le «corps du Christ». Cela n’a rien d’étonnant: le christianisme n’est rien d’autre que la vie avec le Christ dans Son Royaume. Tout le reste n’en est que la conséquence.
