RÉFLEXIONS pour 2Co 2:10-11
Sur le pardon, au cours de deux mille ans d'histoire chrétienne, on a beaucoup dit et écrit. Et dans les temps préchrétiens eux-mêmes, même dans le monde païen, la capacité et la disposition à pardonner étaient un signe de justice. Il en va de même, et plus encore, de la justice telle que la comprenaient les auteurs des livres bibliques : sans pardon, elle est impensable, et le peuple de Dieu le savait longtemps avant la venue du Christ.
Mais il y a tout de même dans les paroles de l'apôtre quelque chose qui, aux temps préchrétiens, était encore impensable, impensable au point qu'il n'y avait même pas lieu de parler de quoi que ce soit de semblable. « Celui à qui j'ai pardonné, je pardonne à cause de vous devant la face du Christ ». Bien sûr, avant la venue du Christ, une telle chose n'était pas possible. Et il ne s'agit pas seulement, bien entendu, du fait que le Christ ressuscité Lui-même devient témoin de chaque acte de pardon comme moment du rétablissement des relations sans lesquelles la vie du Royaume est impossible.
Les paroles de l'apôtre supposent quelque chose de beaucoup plus grand : il s'agit de l'Église, du corps du Christ, de son unité et de son intégrité. En effet, l'unité et l'intégrité du corps du Christ ne peuvent être conservées ni assurées par aucun moyen extérieur. Les lois du monde non transfiguré permettent l'existence de communautés humaines dont les membres sont unis par des vues ou des intérêts communs sans former pour autant une unité spirituelle.
Mais dans le Royaume, des communautés de ce genre sont impossibles, et à plus forte raison l'Église, le corps du Christ, ne peut exister sous une telle forme. Ici, c'est précisément la composante spirituelle de toute relation qui passe au premier plan. Et si quelqu'un a quelque chose contre l'un de ses prochains, rien de ce qui peut lier ces deux personnes dans le cadre du monde non transfiguré n'entrera dans le Royaume.
Quelles que soient leurs relations dans le monde non transfiguré, aussi profondes et fécondes qu'elles puissent paraître, sans suppression de ce qui empêche ces personnes de s'unir au niveau spirituel, au niveau d'une relation personnelle non conditionnée par quoi que ce soit de terrestre, elles ne deviendront pas partie du Royaume. Et au niveau de la relation personnelle, le problème ne se résout que dans l'acte de pardon. C'est sans doute pourquoi Paul parle des ruses de Satan, qui sont détruites par le pardon : car c'est précisément le non-pardon mutuel qui sépare les hommes du Royaume. Et l'apôtre le rappelle aux destinataires de son épître. Il le rappelle afin qu'ils n'oublient pas l'essentiel dans l'agitation quotidienne. Et qu'ils ne perdent pas le Royaume.
