RÉFLEXIONS pour Mc 14:43-51 — le 19 octobre 2016

RÉFLEXIONS pour Mc 14:43-51

On explique d’ordinaire la fuite des apôtres lors de l’arrestation de Jésus par la peur et la lâcheté. Pourtant, nous n’avons pas de raisons de penser qu’ils étaient tous à ce point lâches, du moins les récits évangéliques n’en témoignent pas. Bien au contraire: certains d’entre eux, et d’abord Pierre, étaient disposés de manière très résolue; ce même Pierre, par exemple, au moment de l’arrestation du Maître, saisit une épée, et si Jésus l’avait approuvé, il est tout à fait possible que, sinon tous, du moins la plupart des disciples auraient soutenu Pierre d’une manière ou d’une autre. Les apôtres étaient prêts à l’insurrection et à la guerre; ils étaient prêts à combattre pour défendre leur Maître, et dans cette guerre ils étaient prêts à mourir pour Lui.

Le problème était qu’aucune guerre ne se profilait. Jésus n’allait pas faire la guerre; Il n’allait même pas se défendre contre les hommes venus L’arrêter. La guerre messianique à laquelle les apôtres se préparaient intérieurement n’existait que dans leur imagination, et c’était le principal problème. Ils se préparaient à une chose, et en réalité il leur est arrivé tout autre chose; dans une telle situation, une rupture spirituelle est non seulement possible, mais presque inévitable.

Plus précisément, elle est inévitable dans la mesure où l’homme est plongé dans sa réalité imaginaire, dans la mesure où il dépense beaucoup, ou au contraire relativement peu, d’efforts spirituels pour y exister. Pour les disciples, l’image de la guerre messianique qu’ils avaient peinte était si réelle qu’ils ne pouvaient même pas imaginer un autre développement des événements. Pierre saisit l’épée précisément parce que son image de la réalité, dans la situation donnée, ne supposait qu’une seule option d’action possible. Pourtant, Jésus agit tout autrement, non comme les apôtres l’attendent.

C’est alors qu’ils se perdent: que reste-t-il à faire aux soldats lorsque leur commandant non seulement ne tente pas de résister, mais se livre lui-même, absolument volontairement, comme prisonnier? Se livrer avec lui? C’est absurde, cela ne tient pas dans la conscience. La réalité construite par les apôtres s’effondre sous leurs yeux, et ils fuient, parce qu’en une telle situation il ne leur reste rien d’autre. Jésus, voyant leur état spirituel, ne doutait pas dès la Cène que tout se passerait exactement ainsi; car dans le monde déchu, tout cela est si compréhensible, si humain.