RÉFLEXIONS pour Num 28:1-31
Le Livre des Nombres mentionne souvent les mêmes sacrifices que ceux dont parle le Livre du Lévitique. Il en va ainsi dans le passage d’aujourd’hui : il y est question de la Pâque, du premier jour du mois et du sabbat. Tant le jour du sabbat que le premier jour du mois, des sacrifices devaient être offerts, tandis qu’à la Pâque, il devait y en avoir deux—au début et à la fin de la semaine de fête. La mention de ces trois fêtes précises peut sembler étrange au premier abord.
La Pâque est l’une des quatre grandes fêtes de l’année, comparable par son ampleur et son importance à Chavouot, Soukkot et Yom Kippour ; le sabbat est la fête hebdomadaire prescrite par le Décalogue, un jour de repos passé avec Dieu, en présence de Dieu. Quant au premier jour du mois lunaire, c’était une fête un peu moins importante que celles qui viennent d’être énumérées, mais néanmoins suffisamment importante : elle sanctifiait le mois qui commençait, de même que la Pâque sanctifiait l’année à venir et le sabbat la semaine à venir.
La logique de la mention de ces trois fêtes précises devient donc claire : il s’agit de sanctifier la semaine, le mois lunaire et l’année entière—ces périodes de temps sur lesquelles reposait autrefois le calendrier hébraïque, comme les calendriers de tous les peuples voisins. On pourrait dire que les Hébreux avaient emprunté la coutume de sanctifier la semaine, le mois et l’année à leurs voisins : en effet, le cycle des fêtes et le calendrier que nous trouvons dans le Pentateuque ne sont apparus chez les Hébreux qu’après la conquête de la Palestine et leur passage à la vie sédentaire, lorsqu’ils ont découvert la culture et le mode de vie de leurs voisins.
Dans l’Antiquité, les principaux cycles et rythmes cosmiques étaient considérés comme sacrés en eux-mêmes ; le culte du cosmos, avec son rythme et son harmonie, était une des formes du paganisme. Il peut sembler que le yahvisme ait simplement repris cette tradition, sanctifiant ce que l’on avait l’habitude de sanctifier au nom des dieux païens. En réalité, cependant, tout est plus profond qu’il n’y paraît.
Le cosmos a réellement été créé par Dieu, et son harmonie n’est que le reflet de la sagesse divine. Dieu n’abandonne pas le monde qu’Il a créé, Il y est présent. La succession des semaines, des mois et des années s’accomplit avec Sa participation, et non d’elle-même, de manière automatique, comme on pourrait le croire au premier abord. La pratique de la sanctification de l’année, du mois et de la semaine traduit cette invitation consciente de Dieu dans le cosmos, cet appel à entrer dans le cycle cosmique pour en faire le lieu de Sa présence.
