RÉFLEXIONS pour Lc 4:18-19
La crainte que nous inspire la possibilité de vivre en présence de Dieu peut s'expliquer par le respect, l'adoration ou quelque autre attitude tout aussi révérente. Mais le plus souvent, c'est notre désir de considérer Dieu comme notre égal lorsque nous disons : « J'avais peur de toi, parce que tu es un homme sévère : tu prends ce que tu n'as pas déposé et tu moissonnes ce que tu n'as pas semé » (Lc 19:21) . En nous inventant une justification à notre propre passivité, à notre paresse, à notre refus de tout lui donner, nous nous représentons un être terrible, répugnant, vindicatif, mais en même temps impersonnel, devant lequel il vaut évidemment la peine de fuir sans se retourner. Et à cet instant, comme Adam, nous prenons conscience de notre nudité, de notre absence de défense et de notre solitude dans un monde terrible et inconnu (Gn 3:10). Une pauvreté effrayante étouffe en nous la volonté de vivre. Nous gémissons et nous nous agitons, nous pleurons et nous nous lamentons de ne pouvoir supporter l'horreur qui nous entoure. Nous comprenons que nous sommes asservis par cette peur au point de ne plus pouvoir bouger. Nous sommes épuisés et poussés jusqu'à l'extrême limite du désespoir. Assoiffés de libération, nous nous sommes retrouvés enchaînés au péché et à la mort. Personne ne sait comment sortir de ce piège : en prenant conscience de tout cela, on ne trouve pas d'issue pour soi-même, encore moins pour quelqu'un d'autre. L'homme n'est pas capable de surmonter par ses propres forces cette terrible rupture. Cela n'est possible qu'à Celui qui peut dire de lui-même qu'il est venu annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs la délivrance, aux aveugles le retour à la vue, remettre en liberté les opprimés. À partir du moment où nous prenons conscience de ce fait et accueillons Celui qui donne tout cela, commence pour nous l'année de grâce du Seigneur.
