RÉFLEXIONS pour Ex 23:1-33
On pense généralement que l’amour des ennemis est une vertu exclusivement évangélique, propre au Nouveau Testament. En réalité, comme on le voit, les règles correspondantes existent déjà dans la législation du Livre de l’Exode, et comme loi, non comme simple souhait ou conseil. Il ne s’agit certes pas encore de l’amour en tant que relation durable, mais plutôt d’actes qui supposent une telle relation ; il est de toute façon impossible de prescrire des relations par la loi.
La loi peut exiger d’une personne qu’elle accomplisse telle ou telle action, mais les relations sont une matière trop subtile pour être réglementée par la législation. La nature d’un acte et son sens indiquent toutefois la relation qu’ils supposent. Aider son ennemi signifie, au minimum, ne pas éprouver de haine envers lui.
L’absence de haine ne garantit pas l’amour en elle-même, mais elle le rend au moins possible. Dans la pratique, cette absence de haine s’exprime précisément par le refus de la vengeance. La règle traditionnelle, reflétée dans le droit coutumier de nombreux peuples, voulait que l’on nuise à son ennemi autant et de toutes les manières possibles, tant qu’il restait un ennemi.
Tout dommage était alors jugé acceptable : à la guerre comme à la guerre. La Torah, elle, prescrit de limiter l’hostilité. Celle-ci ne doit pas se transformer en guerre visant à anéantir son ennemi : tel est le sens principal des prescriptions correspondantes. Par exemple, si l’ennemi se trouve dans le malheur, cette situation doit être le signe qu’il faut suspendre les hostilités contre lui.
Une telle suspension signifie que l’on joue loyalement : on reconnaît son ennemi comme ennemi, mais on reconnaît aussi qu’il ne mérite pas d’être détruit à n’importe quel prix ni sous n’importe quelle forme. On pourrait appeler cette attitude noblesse envers l’ennemi, cette sorte de noblesse que l’on qualifiait de chevaleresque au Moyen Âge. Mais il s’agit avant tout de reconnaître l’être humain comme tel, de reconnaître qu’une personne demeure pour nous un être humain même après être devenue notre ennemie. Cette reconnaissance est la condition nécessaire de l’amour des ennemis, et la Torah cherche à la garantir dans toute la mesure où la loi le permet.
