RÉFLEXIONS pour Gn 16:1-16
Dieu, comme on le sait par le récit biblique correspondant, avait promis à Abraham un fils. Un héritier. Celui même auquel seraient liées toutes les promesses faites par Dieu à Abraham concernant l'avenir de ses descendants. Abraham attend, mais l'héritier ne vient toujours pas. Sara attend elle aussi, mais Abraham et elle n'attendent pas de la même manière. Abraham attend simplement, avec confiance; il croit Dieu, qui lui a promis ce qu'Il lui a promis.
Oui, bien sûr, attendre un enfant à leur âge est une folie totale; mais Dieu avait promis un fils à Abraham, et Le croire cette fois-ci n'était pas une folie plus grande que celle qu'il avait fallu pour Le croire dès le commencement, là-bas, à Harrân. Il en allait ainsi pour Abraham: Dieu avait parlé avec lui, non avec Sara; Il était une réalité pour Abraham, mais non pour sa femme. Pour Sara aussi, bien sûr, mais autrement: d'après les récits d'Abraham. Sara faisait sûrement confiance à son mari, elle ne pouvait pas ne pas lui faire confiance, sinon ils se seraient séparés bien plus tôt.
Et pourtant, elle n'avait pas entendu Dieu, du moins pas comme Abraham L'avait entendu. Entendre soi-même est une chose; juger d'après les récits d'un autre, fût-il proche, en est une autre. Dans le premier cas, la foi repose sur la confiance envers Celui qui a parlé; dans le second, sur la confiance envers le narrateur. Dans le premier cas, la confiance est plus grande, plus pleine, et cela est naturel. Avec une telle mesure de confiance, il est plus simple d'attendre. Si l'on se fonde sur les récits d'un autre, on peut aussi attendre, mais c'est plus difficile. On ne peut pas manifester la méfiance, même si elle se tient quelque part au plus profond de l'âme.
Mais si elle existe tout de même, elle se manifestera malgré tout; elle se manifestera paradoxalement, en se changeant en désir d'accomplir plus vite la promesse par ses propres forces. D'où la concubine: l'enfant né d'une concubine pouvait être adopté, il serait devenu cet héritier même... puis il s'est avéré que tout n'était pas si simple, que la jalousie féminine la plus ordinaire pouvait devenir un problème, un problème tel que Sara ne voudrait bientôt plus voir ni l'enfant de son propre mari, ni sa mère.
La servante-concubine «méprisait»-elle vraiment sa maîtresse? Difficile à dire; qui, en effet, peut dire avec certitude comment réagira une vieille maîtresse de maison sans enfant devant la joie et la fierté naturelles de la maternité chez une servante-concubine relativement jeune? Ainsi le désir d'accomplir plus vite la volonté de Dieu a engendré des problèmes dont Dieu a dû s'occuper spécialement. Il s'en est chargé, ce qu'on ne peut pas dire des hommes avec leur zèle. Le désir humain de résoudre à la place de Dieu Ses propres tâches est une force redoutable, mais Dieu vient même à bout de cela.
