RÉFLEXIONS pour 2Co 6:9-10 — le 12 janvier 2016

RÉFLEXIONS pour 2Co 6:9-10

Comment un chrétien peut-il témoigner du Royaume qui « n'est pas de ce monde » ? On peut bien sûr essayer d'en dire quelque chose avec des mots, mais lorsqu'il s'agit de réalités qu'il est impossible ici de voir ou de toucher, les mots restent souvent une abstraction. Et l'esprit de l'habitant de « ce monde » ne peut contenir l'idée qu'il soit possible, par exemple, de donner sa vie pour la retrouver ensuite dans une plénitude plus grande encore. Dans une telle situation, la meilleure preuve, et donc le meilleur témoignage, devient le témoignage venant de l'incroyable, de l'absurde, ou plus exactement de ce qui paraît absurde. Ce que décrit Paul est absolument impossible. Il ne viendrait pas à l'esprit de personnes normales de vivre ainsi. On peut encore comprendre ceux qui sont prêts à tout risquer, et même à traverser souffrances et persécutions, en vue d'une grande victoire future qui mènera à un succès compensant largement toutes les souffrances. Mais souffrir en sachant qu'il n'y aura pas de victoire dans ce monde, que les souffrances ici ne seront jamais payées de retour, qu'aux yeux de « ce monde » elles sont pleinement et complètement dépourvues de sens ? Ne peut s'y résoudre qu'un fou, ou bien... quelqu'un qui a quelque atout caché dans sa manche, qui lui permet d'espérer et lui donne la force de vivre comme il vit. Car, le plus souvent, les persécutions ne répriment jamais complètement un mouvement tant que les forces intérieures de résistance, et donc de poursuite de l'existence, ne sont pas épuisées dans ce mouvement même, les seuls cas d'exception étant la terreur de masse ou le génocide direct, et encore pas toujours. Ceux qui regardaient les chrétiens persécutés devaient involontairement voir se glisser dans leur esprit l'idée que ces gens possédaient, ne pouvaient pas ne pas posséder, quelque ressource secrète, et même une ressource absolument inépuisable, qui soutenait l'existence de leur mouvement sur fond de totale absurdité du point de vue des perspectives de « ce monde ». C'est là qu'apparaît la possibilité de témoigner de ce qu'est le Royaume qui « n'est pas de ce monde ». Si un mouvement existe en dépit de toutes les lois du monde non transfiguré, si, selon les lois de ce monde non transfiguré, il ne doit pas et ne peut pas exister, cela signifie que les personnes qui le composent ont une autre source de sens, de force et d'assurance pour ne pas abandonner ce que la logique de « ce monde » reconnaît comme absurde et sans espoir. Alors l'homme réfléchi, peut-être pas immédiatement, prêtera attention aux paroles des témoins au sujet du Royaume, par la force duquel ils vivent et témoignent.