RÉFLEXIONS pour Lc 19:20-22 — le 8 novembre 2015

RÉFLEXIONS pour Lc 19:20-22

L’image du maître dur qui « prend ce qu’il n’a pas déposé et moissonne ce qu’il n’a pas semé » peut paraître quelque peu étrange. En effet, selon le sens général de la parabole, il ne s’agit pas d’un homme, mais de Dieu. Mais chacun voit Dieu à sa manière, généralement selon son propre état spirituel.

En effet, même si l’on s’en tient au seul texte de la parabole et que l’on garde à l’esprit l’image du maître que nous y voyons, il est difficile de parler de lui comme d’un homme avide et cruel. Certes, en laissant à ses serviteurs une certaine somme, il espère à son retour un revenu correspondant ; mais telle est l’essence de l’argent : il doit circuler, sinon la possession même d’une somme un tant soit peu importante perd tout sens.

Bien sûr, il y a là un risque, mais le maître n’est pas opposé à ce que ceux à qui il a confié son argent prennent des risques. On ignore quelle aurait été la réaction du maître à des pertes dues à un investissement malheureux, mais sa réaction au refus de faire circuler les sommes confiées est décrite très clairement dans la parabole. Et, comme dans toute parabole, l’argent mis en circulation symbolise ici quelque chose qui concerne la vie spirituelle. Il faut même parler moins de l’argent comme tel que de la volonté de le mettre en circulation. De cette dynamique sans laquelle l’argent cesse d’avoir un sens.

Dieu donne à l’homme la vie pour qu’elle existe dans une dynamique constante. La vie, dans toutes ses manifestations, des plus élevées et spirituelles aux plus ordinaires et naturelles, ne peut exister que dans la dynamique. Et seule l’ouverture de l’homme au monde et la confiance en Dieu peuvent rendre cette dynamique réelle. Le serviteur qui a préféré cacher l’argent n’avait ni l’une ni l’autre. Il était certain que le maître lui donnait de l’argent afin d’avoir ensuite l’occasion de demander des comptes à son serviteur et de reprendre ce qui lui appartenait. Il ne lui venait même pas à l’esprit que l’argent du maître pouvait être utile à lui-même comme à son maître.

Il était certain qu’on ne pouvait rien attendre de bon du maître. Et il reçut selon ses attentes. Dieu donne à l’homme la vie non pas pour trouver une occasion supplémentaire de lui faire des reproches ou de le punir, mais pour que cette vie grandisse en lui jusqu’à la plénitude que l’homme peut contenir. Mais si l’homme voit dans le don de Dieu un piège, il se retrouvera dans un piège. Et ce n’est pas Dieu qui y pousse l’homme. L’homme va lui-même dans son propre piège. Par son propre choix.