RÉFLEXIONS pour He 3:1-6
L'auteur de l'Épître aux Hébreux, comme son maître Paul, voit l'histoire des relations de Dieu avec Son peuple comme un seul processus spirituel, se déroulant dans un espace spirituel et historique unifié. D'où le rapprochement entre Moïse et le Christ : Moïse, par qui Dieu donne la Torah à Son peuple, se tient aux origines de ce processus (sans en être toutefois le tout premier commencement : au commencement se trouve Abraham), tandis que le Christ, qui a révélé au monde le premier et unique exemple de Torah vivante, en est l'aboutissement.
Le Messie achève ce que Moïse a commencé. L'auteur de l'épître revient ainsi à la question de cette dynamique spirituelle qui caractérise le monde des hommes, mais non celui des anges. Or cette dynamique se révèle liée à la Torah. Ce lien n'a bien sûr rien de fortuit. Dieu a donné la Torah précisément et exclusivement aux hommes ; les anges s'en passent dans leur vie spirituelle et n'en ont pas besoin.
Pour l'homme, en revanche, la Torah ne définit pas seulement l'ensemble de ses relations avec Dieu : en un sens, elle fait de lui un homme, un être engagé sur le chemin de la croissance spirituelle en Dieu. Certes, la Torah réduite à un simple code moral ou juridique en est bien loin ; mais la Torah intérieure, comme axe spirituel qui soutient la vie de l'homme et comme impératif spirituel et moral qui la détermine de l'intérieur, suppose précisément un tel chemin. Celui-ci s'achève lorsque l'homme devient Torah vivante, quand sa vie n'est plus déterminée par rien d'autre que la Torah intérieure.
Pour cela, bien sûr, l'homme doit être entièrement libre du péché ; c'est pourquoi la Bible ne présente aucun autre exemple de Torah vivante que le Christ Lui-même. Mais avec la venue du Christ commence le processus de formation de l'Église comme corps du Christ, et de chaque chrétien dans le Christ, précisément comme Torah vivante. Ce processus s'achèvera avec le retour du Sauveur dans la gloire et la transfiguration complète de l'homme comme de la création tout entière.
C'est ce processus que l'auteur de l'épître a en vue lorsqu'il affirme qu'il est propre au monde des hommes et non à celui des anges. Le salut de l'homme, sa délivrance du pouvoir du mal et du péché, consiste à y entrer et à parcourir jusqu'au bout tout le chemin qu'il implique. Seul un Homme peut l'y aider : précisément un Homme avec une majuscule, qui a accueilli en Lui la plénitude de Dieu et qui est libre du péché. Un ange, fût-il le plus puissant, ne peut l'y aider : aucun des anges ne participe au processus qui apporte le salut à l'humanité.
