RÉFLEXIONS pour Rm 2:1 — le 19 août 2015

RÉFLEXIONS pour Rm 2:1

Les paroles de Paul disant que l’homme qui juge autrui n’a rien pour se défendre, c’est ainsi que l’on peut traduire littéralement le mot grec rendu dans la traduction synodale par « inexcusable », rappellent les paroles du Sauveur sur le jugement par lequel chacun sera jugé de la même manière qu’il juge son prochain. Mais l’apôtre met ici en relief un aspect précis du problème, lié au fait que seul celui qui ne fait pas lui-même ce dont il accuse l’accusé possède le droit moral de juger les autres.

À première vue, il n’y a là rien qui empêcherait le jugement et la condamnation. En effet, tous les hommes sur la terre ne sont pas voleurs, meurtriers, débauchés ou blasphémateurs. Mais Paul, manifestement, adhère à une autre vision, chrétienne, de la justice, qui exige de l’homme prétendant au Royaume, et tout chrétien y prétend par définition, une liberté complète à l’égard du péché. Bien sûr, appliquée au monde non transfiguré, une telle exigence perd tout sens. En pratique, elle se transformerait simplement en impunité, justifiée par le principe que Dostoïevski met dans la bouche de l’un de ses personnages : « chacun est coupable de tout envers tous ». Cela sonne beau, mais, en réalité, « chacun envers tous en tout » signifie habituellement « personne envers personne en rien ».

Le monde non transfiguré admet l’évaluation non de l’homme, mais seulement de son acte concret, et exige précisément cette évaluation, l’évaluation du péché ou du crime concret commis par l’homme. Mais la Torah suppose tout de même qu’une telle évaluation soit donnée par un juste. Pour Paul, la justice est précisément la liberté à l’égard du péché, car il parle du Royaume, non du monde non transfiguré. Et d’une telle liberté, aucun de ceux qui cherchent le Royaume ne peut se vanter, car ceux qui le cherchent sont des hommes déchus.

Si l’on évalue l’homme et ses actes du point de vue du Royaume, du point de vue de qui est prêt à y entrer et dans quelle mesure, il ne restera tout simplement personne de digne. Sauf, bien sûr, le Christ Lui-même, qui pourtant est venu non pour juger, mais pour sauver. C’est pourquoi l’apôtre dit qu’il ne vaut pas la peine de juger autrui lorsque l’on fait soi-même la même chose que le pécheur que l’on condamne. Dans le Royaume, seul celui qui n’a pas de péché peut juger. Il vaut mieux que les autres soient plus modestes et pensent non aux péchés d’autrui, mais à leur propre salut.