RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour 1Co 1:20-21

Fait intéressant : pourquoi Dieu n’a-t-Il pas permis au monde de Le connaître au moyen de cette sagesse qu’Il avait Lui-même donnée au monde ? Pourquoi les témoins doivent-ils recourir à ce que l’apôtre appelle la « prédication folle », ou, dans la langue de la traduction synodale, la « folie de la prédication » ? Et la sagesse humaine dégénère-t-elle toujours et inévitablement en disputes vaines où domine le désir de s’affirmer ? En quoi la connaissance est-elle donc si mauvaise pour conduire toujours à un résultat si triste ?

Si la sagesse dont parle l’apôtre n’était que connaissance, nous ne pourrions sans doute pas répondre à cette question. Mais dans la tradition juive, la sagesse n’a jamais été seulement un savoir pour le savoir. Le mot hébreu correspondant, et Paul, même lorsqu’il écrit en grec, reste un Juif pensant dans le cadre de sa tradition culturelle et religieuse, désignait à l’origine non tant une connaissance qu’un savoir-faire ou une habileté. Au début, c’était l’habileté du travail pratique, du travail de l’artisan ou de l’artiste ; ensuite, la capacité de construire des relations avec les hommes, l’art du jugement et du gouvernement, qu’il s’agisse de gouverner sa propre maison ou de gouverner un État. À l’époque postexilique, la sagesse commence à être associée avant tout à l’art de la justice, à l’habitude d’une vie juste.

Il semblerait que peu de choses dépendent ici de l’homme, car la justice vient de Dieu et non de l’homme. Et pourtant le chemin de la justice est un chemin divino-humain ; en un certain sens, il ne dépend pas moins de l’homme que de Dieu. Pour marcher sur ce chemin, l’homme a besoin d’une expérience et d’une habileté liées à la pratique de l’observance des commandements. Et tout l’outillage intellectuel dont dispose, par exemple, le « scribe », le maître de la Torah, est finalement nécessaire précisément pour aider celui qui marche sur le chemin de la justice à ne pas s’en écarter. Mais la nature déchue de l’homme transforme souvent un instrument utile en obstacle et en fardeau sur le chemin de la justice. Au lieu de faire un choix sans équivoque en faveur de l’observance des commandements, l’homme commence à chercher des moyens de s’y soustraire, soit en n’observant rien du tout, soit en cherchant des voies faciles qui permettraient, pour ainsi dire, d’accomplir la Torah sans l’accomplir. Alors l’intellect devient un instrument servant non à observer la Torah, mais à la violer, et la sagesse devient moins l’art de suivre la Torah que l’art d’en imiter l’observance.

Dans une telle situation, la prédication du Royaume ne peut plus s’appuyer sur l’expérience humaine traditionnelle de la vie juste, non parce qu’elle serait oubliée, mais parce qu’elle se trouve de fait dévalorisée. Il ne reste alors que cette même « prédication folle » dont parle l’apôtre. Une prédication à rebours des opinions admises, contre l’évidence, une prédication qui paraîtra réellement pure folie à tout homme « normal ». La prédication du Royaume qui, en vérité, selon la parole du Sauveur, « n’est pas de ce monde ».