RÉFLEXIONS. La Bible pour les débutants.

RÉFLEXIONS pour Ez 18:1-32

Le sermon d’Ézéchiel proposé dans la lecture d’aujourd’hui est consacré à ce que les théologiens et les philosophes appellent parfois de nos jours le personnalisme chrétien. Toutefois, compte tenu de l’époque où ce sermon fut prononcé, il conviendrait plutôt de parler non de personnalisme chrétien, mais, plus largement, de personnalisme biblique. Pour la première fois dans l’histoire, le prophète proclama au nom de Dieu cette vérité aujourd’hui bien connue : les enfants ne répondent pas devant Dieu des péchés de leurs pères (v. 1–19). Cette déclaration était particulièrement actuelle précisément là où elle fut prononcée, dans la communauté juive de Babylone, dont beaucoup de membres étaient convaincus que les enfants, et parfois les petits-enfants, souffraient pour les péchés de leurs pères.

À cette époque, presque tout le monde pensait ainsi, car la conscience religieuse préexilique était marquée par le collectivisme : toute la communauté était perçue comme un grand « nous » au sein duquel l’individu comptait peu. Pourtant, le yahvisme avait hérité ce collectivisme religieux du paganisme. S’il était la norme pour le paganisme, il entravait le développement de la communauté yahviste, car Dieu n’a jamais affaire à un collectif. Il établit une relation avec une personne particulière et concrète, et cette relation est chaque fois unique ; elle ne peut en aucun cas devenir la possession d’un collectif quelconque. La communauté n’est rien d’autre que l’unité d’une multitude de telles personnes, dans toute la singularité de leurs relations avec Dieu et entre elles.

Ézéchiel va plus loin encore : il dit que la vertu, pas plus que le péché, ne s’accumule. Ainsi, un juste qui pèche une fois peut mourir à cause du péché commis, tandis qu’un pécheur qui se repent une fois et se tourne vers Dieu peut rester en vie malgré tous les péchés qu’il a commis auparavant (v. 21–28). Une telle arithmétique paraissait manifestement étrange et injuste à beaucoup (v. 29). Comment, en effet, un seul mouvement du pécheur vers Dieu peut-il l’emporter sur tous les péchés qu’il a commis auparavant ? Ou comment un seul péché peut-il dévaloriser toutes les bonnes actions du juste ?

Mais précisément, la relation de l’homme avec Dieu ne peut se réduire à une telle arithmétique. La relation avec Dieu est toujours au présent ; elle existe ici et maintenant, et le passé ne l’influence que dans la mesure où il est présent dans le présent. Le juste ne vivait pas grâce à certains mérites ni même grâce aux bonnes œuvres qu’il accomplissait. Il accomplissait de bonnes œuvres parce qu’il avait une relation avec Dieu et qu’il vivait de cette relation. Mais un moment est venu où la relation fut rompue, et maintenant le juste devenu pécheur peut mourir. Il en va de même du pécheur qui allait vers la mort mais se tourna soudain vers Dieu : auparavant, il n’avait aucune relation avec Dieu, mais maintenant cette relation existe, et le pécheur repentant n’a plus de raison de mourir. Dieu ne compte pas nos bonnes et nos mauvaises actions ; Il n’est pas un comptable qui établit le bilan du péché et de la vertu. Il ne veut qu’une chose : que chacun Le connaisse et vive cette vie en plénitude qu’Il est prêt à donner à chacun (v. 32).