RÉFLEXIONS pour Jn 8:31-47 — le 30 mai 2014

RÉFLEXIONS pour Jn 8:31-47

La conversation de Jésus avec les pharisiens qui L'écoutent paraît, au premier regard, un simple malentendu. Une dispute sur des mots que chacun comprend à sa manière. Et Jésus Lui-même, pourtant, ne paraît pas très désireux de dissiper ce malentendu. Au contraire, Il parle de telle sorte qu'à certaines questions s'en ajoutent d'autres, que de nouveaux étonnements et de nouveaux malentendus se superposent aux anciens. Au premier regard, on peut avoir l'impression que Jésus essaie d'embrouiller le plus possible Ses interlocuteurs. En réalité, Il tente de les aider à se voir eux-mêmes, ainsi que la vie qu'ils mènent, d'une manière tout à fait différente de celle à laquelle ils étaient habitués. Ils avaient l'habitude de se voir eux-mêmes et de voir leur vie du point de vue de la tradition religieuse dont ils étaient porteurs.

Pour l'homme croyant, la religiosité peut être considérée, en un certain sens, comme un état naturel ; il n'est donc pas étonnant qu'un tel homme perçoive tout ce qui l'entoure à travers le prisme de sa religion. Les pharisiens ne faisaient pas exception ; au contraire, le pharisaïsme comme mouvement particulier à l'intérieur du judaïsme peut, en un certain sens, être appelé la quintessence de la religiosité comme telle. Et le regard des pharisiens sur le monde, sur leur vie et sur leur histoire était naturellement religieux.

Jésus essaie de les faire sortir des limites de cette religiosité. Il leur dit par exemple : vous pensez être libres ? Et le péché ? Ou bien ne considérez-vous pas l'esclavage du péché comme un esclavage ? Vous êtes descendants d'Abraham ? Être descendant d'Abraham signifie donc continuer l'œuvre qu'il a commencée, et non proclamer sa fidélité à la tradition. Et vous, que faites-vous ? Vous voulez Me tuer parce que Je vous témoigne de ce qui M'a été révélé par Dieu ? Est-ce là une œuvre digne d'Abraham ? Jésus essaie sans cesse de faire sortir ceux qui L'écoutent des limites de leur propre religiosité.

Il veut leur faire comprendre ce qu'est la vie spirituelle dans toute sa pureté et toute sa plénitude. Une vie que ne limitent aucun cadre humain, y compris religieux. Il dit à ceux qui L'écoutent : la Tradition n'est pas la religion. La Tradition est la vie avec Dieu et en Dieu. Quiconque vit de cette vie continue la Tradition. Abraham n'est pas le fondateur d'une nouvelle religion ; il a inauguré la Tradition de la communion avec Dieu et de la vie avec Dieu.

Et ce n'est qu'ainsi que l'on peut poursuivre son œuvre. La Tradition véritable, la Tradition avec une majuscule, est la Tradition de la vie avec Dieu. Et la plénitude et l'accomplissement de cette Tradition, c'est la vie dans ce Royaume même que Lui, Jésus, a apporté dans le monde. C'est de cette vie que le Sauveur essaie de parler aux pharisiens qui L'écoutent, les plongeant dans un complet désarroi. Un désarroi qui devient peu à peu irritation, puis haine. Et qui mène le chemin terrestre du Christ à l'issue logique dans une telle situation.