RÉFLEXIONS pour Lv 19:1-2
La deuxième partie du Livre du Lévitique (à partir du chapitre 19 jusqu'à la fin; les biblistes appellent cette deuxième partie du livre «le Code de la sainteté») commence avec l'appel de Dieu adressé à Son peuple : «soyez saints, car moi, Yahvé votre Dieu, je suis saint ». Cet appel peut sembler en quelque peu routinier, mais si on réfléchit à son sens et se rappelle, quand il a sonné, il s’avèrera le plus vrai appel à la révolution spirituelle. Selon l'opinion de la plupart des biblistes, la deuxième partie du Livre du Lévitique, appelé d'habitude « le Code de la sainteté », était écrite au IX ou au VIII s. avant J.C., à l'époque du Premier Temple. En conséquence, et la sainteté était comprise en cette époque comme elle était comprise dans la tradition sacerdotale yahviste, et non dans le sens de la justice, comme nous comprenons d'habitude ce mot aujourd'hui.
Dans la tradition sacerdotale la sainteté désignait la consécration de l’homme, un état spirituel spécial, que l’homme obtient à l'autel en présence de Dieu, un état changeant non seulement le coeur et l'âme de l'homme, mais aussi son corps. La tradition sacerdotale hâtive, dont les racines partent de l'époque de Moïse, ne demandait pas à l’homme de demeurer dans cet état constamment. Il était seulement suffisant pour l’homme de rester pur, parce que la notion de pureté dans la tradition sacerdotale était liée à la possibilité de s'approcher de l'autel et être sanctifié. Maintenant, comme on voit, la barre est placée plus haut : on exige de l’homme non simplement la pureté, mais surtout la sanctification, qu’il doit toujours garder, et pas seulement lorsqu’il se trouve dans le Temple et participe à l'office divin et au repas sacrificatoire.
Probablement, une telle exigence est apparue à la lumière d'une nouvelle expérience liturgique apparue à l'époque du Premier Temple, quand le royaume s’est révélé à la communauté comme une réalité, s'exprimant avec une langue évangélique, «pas de ce monde». Alors est devenu clair qu’on ne peut pas entrer dans ce Royaume, n'étant pas sanctifié, et donc, il faut toujours être sanctifié: car on ne sait pas, quand viendra le jour du jugement et du triomphe du Royaume! Mais les moyens proposés dans le Livre du Lévitique se sont avérés inadéquats à la tâche: il [le livre] n’a pu proposer aux fidèles que des normes et règles plus strictes et soigneusement élaborées de la pureté rituelle. Elles comprenaient bien sûr et l'abstinence du péché, mais une telle abstinence était prescrite et autrefois, elle était quelque chose qui va de soi.
Il n’y a rien de surprenant ici: la tâche était vraiment insoluble avant l'arrivée au monde du Christ, mais l'auteur du Code de la sainteté ne pouvait pas encore connaître cela. Le but lui était ouvert, mais n'était pas encore ouvert, avec l’aide de Qui on peut atteindre ce but. Cependant même une telle incomplète révélation donnait un vecteur spirituel sur plusieurs siècles en avant et préparait le peuple de Dieu aux nouvelles révélations, grâce auxquelles lui sera déjà clair non seulement le but, mais aussi les moyens de son acquisition.
