RÉFLEXIONS pour 2S 1:14
À la lecture du Livre de Samuel il est impossible de ne pas remarquer cette relation soignée et, on pourrait même dire pieuse de David au fait que Saul soit oint, c'est-à-dire ses bénédictions pour gouverner le peuple de Dieu. Il aurait été bien sur plus simple de voir ici la traditionnelle pour le Proche-Orient antique, sacralisation du roi qui dans de tels pays, comme, par exemple, l'Egypte ou Babylone, était vénéré comme un saint, ayant part au monde des dieux. L’Israël antique n’avait jamais connu une telle sacralisation : on ne parle d’aucune «nature sacrée» du pouvoir royal nulle part dans la Bible. Et dans ces pays, où une telle sacralisation avait lieu, on pouvait plutôt parler de la sacralisation du trône, et non des personnes concrètes l’occupant, qui étaient considérées sacrées, parce qu’elles occupaient une place sacrée.
David avait aussi probablement des considérations d'ordre purement politique (et il n'était pas du tout un poète «pas de ce monde» comme on le présentait parfois, il était un politique et un combattant, et donc, tout à fait réaliste et ce jusqu'à la fin) : s’il se décidait du meurtre de Saul, en la personne de ses proches (et il appartenait à la même tribu que Saul, bien que des générations différentes) il obtiendrait irréconciliablement une vendetta, et cette hostilité pourrait durer des siècles. De plus, le problème n’est pas dans la sacralisation du pouvoir royal (ce à quoi, en passant rêvait Saul) et non pas dans l’opportunisme politique. Le problème est dans les relations de David par rapport aux plans de Dieu, dont il est certain puisqu’ils lui concernent personnellement.
Une seule chose lui était claire: il y avait dans la vie de Saul, devenu à lui David, un adversaire, un moment d'intervention directe et immédiate de Dieu, qui, bien que pour un temps très court, l'ait fait, selon les mots du Livre de Samuel, «une autre personne». Que l'attouchement se soit avéré éphémère, que Saul soit devenu un autre seulement pour quelques heures, pour David cet événement définit désormais sa relation avec Saul, comme l’oint de Dieu. David n’est plus idéaliste, il voit parfaitement, ce qu’est devenu Saul, ce que lui ont fait la folie des grandeurs et la manie de persécution.
Il comprend : dès le moment, que Dieu a touché le coeur de Saul, son destin n’est plus dans les mains humaines. Bien que Saul ait déjà longtemps oublié ce qui s'est passé avec lui au moment de l'initiation prophétique, — tout de même sa vie et sa mort doivent maintenant être ordonnées par Dieu Lui-même, sans l'intervention de David. Il attend la décision de Dieu. Quand Saul meurt, il ne se réjouit pas : car la mort de Saul pour lui n’est pas autant un triomphe sur son adversaire politique et ennemi personnel, qu’une chance donnée par Dieu et perdue par l’homme. Chance qu’on ne pourrait faire revenir. Jamais.
