RÉFLEXIONS pour Mt 25:14-30 — le 26 mai 2010

RÉFLEXIONS pour Mt 25:14-30

Le passage d’aujourd’hui comprend la parabole des talents, c’est-à-dire des pièces d’or que le maître, en partant, confie à ses serviteurs pour qu’ils les gardent (v. 14–15). Mais à cette époque, comme d’ailleurs de nos jours, on ne pouvait conserver de l’argent qu’en le mettant en circulation. Deux des trois serviteurs le comprennent bien et agissent en conséquence (v. 16–17), tandis que le troisième préfère ne pas prendre de risque (v. 18). Le résultat fut prévisible : deux des trois reçurent des éloges et une promotion (v. 20–23), tandis que le troisième perdit tout (v. 24–30).

Un tel déroulement des événements serait quelque peu étrange s’il s’agissait des lois de notre monde, qui n’est pas encore transfiguré. En effet, l’argent avait été confié au serviteur pour qu’il le garde, et celui-ci réussit à rendre au maître toute la somme qui lui avait été confiée. En réalité, le maître n’avait exigé de personne qu’il augmente la somme, même s’il fut heureux que ses serviteurs se révèlent de bons intendants et trouvent un placement rentable pour l’argent confié à leur garde. En récompense, les serviteurs avisés ne reçoivent pas simplement une nouvelle position plus élevée ; ils deviennent copropriétaires des biens de leur maître (v. 21, 23 ; « entrer dans la joie » est une expression non pas grecque, mais hébraïque, et elle désigne quelque chose de tout à fait matériel, par exemple participer au partage du butin après une chasse commune réussie ou au partage du bénéfice après une transaction fructueuse). Quant au troisième serviteur, il préféra ne pas risquer avant tout parce qu’il considérait son maître comme cupide et cruel (v. 24). Et c’est précisément ainsi que le maître se révéla à lui : il exigea du serviteur méfiant ce qu’il n’avait pas exigé des autres et ce que les autres lui avaient proposé d’eux-mêmes (v. 26–27).

Du point de vue des lois de notre monde, cette logique est pour le moins étrange ; mais dans le Royaume agissent d’autres lois et d’autres règles. Dans le Royaume, il est impossible de conserver quoi que ce soit pour soi, mais on peut tout recevoir si l’on multiplie, pour le Royaume et pour son Maître, ce que le Maître nous a confié afin de le garder. Ici, il est impossible de rendre au Maître Son don et de dire : « Tu es cruel, voici ce qui est à toi, et laisse-moi tranquille » ; celui qui parle ainsi et adopte une telle position perd le Royaume. Ici agit le principe dont Jésus a déjà parlé plus d’une fois : dans le Royaume, on peut avoir « la vie en abondance », mais seulement si l’on renonce dès le commencement à l’idée d’une vie propre, séparée et finie, à l’idée d’arracher un morceau à la plénitude du Royaume et de l’emporter avec soi. On peut recevoir la plénitude du Royaume, mais seulement tout entière. Et cette plénitude ne peut être conservée qu’en la multipliant et en la donnant.